« Je m’énerve pour rien » : Quand l’hypersensibilité prend le dessus

s'énerver pour rien

Quand l’hypersensibilité rencontre la colère

> Se sentir “de trop” : le regard que l’on porte sur soi

Peut-être que certaines personnes qui ne sont pas toujours elles-même bienveillantes, vous reprochent d’être excessif(ve) dans vos réactions, et de vous énerver pour rien. Peut-être même que c’est vous-même en tant qu’hypersensible, qui vous auto-accusez d’être trop, d’être excessif(ve), de vous énerver trop vite et et pour un rien.

Cela peut finir par nous faire intérioriser ce sentiment que notre façon naturelle d’être, c’est finalement « trop » pour les autres. Et que la solution à cela serait de s’adapter aux autres, de se contrôler voire de s’auto-censurer afin de pouvoir rentrer dans ce qu’attendent les autres.

D’ailleurs beaucoup (trop) de personnes dans le domaine du développement personnel nous invitent à être en paix, nous incitent à refuser d’être en colère pour tendre vers une certaine forme de lâcher-prise. Ici à l’inverse on ne cherchera pas à supprimer la colère, puisqu’on sait qu’elle existe autant essayer de la comprendre.

Parce qu’il faut bien reconnaitre que la colère, parce qu’elle nous fait parfois dire ou faire des choses excessives, peut abimer des liens et des relations.

> Pour discréditer la colère : la qualifier d’hystérie

C’est d’ailleurs sur cette idée que reposent beaucoup d’injonctions sociales qui nous invitent à rester calmes, à « maîtriser nos émotions », en laissant entendre que la colère serait forcément un problème. Ces injonctions ont longtemps concerné davantage les femmes.

Dans l’histoire de la médecine, certaines de des souffrances émotionnelles des femmes ont été regroupées sous le terme d’« hystérie », un mot que l’on sait aujourd’hui dépassé et chargé de préjugés.

Ce terme traduisait une méconnaissance des troubles psychiques et une vision très biaisée du corps féminin. Avec le temps, pourtant, cette manière de nommer les choses a contribué à associer certaines émotions, comme la colère, à quelque chose d’irrationnel ou d’anormal.

Peu à peu, la colère n’a plus été entendue comme un signal ou une expression de la souffrance, mais comme un comportement à corriger. Il ne s’agissait plus d’écouter et de prendre en compte la souffrance des femmes, mais de rester « raisonnable », de s’adapter, souvent en se taisant.

Pourtant bien au delà de la question féminine, la colère n’est pas là pour rien et n’est pas là par hasard. C’est le signal qu’un de vos besoins n’est pas comblé, et vouloir faire taire ce signal d’alerte est très rarement une bonne idée.

Parce que le danger serait de retourner cette colère contre soi, et de se persuader que le problème vient de soi. Alors que c’est finalement bien plus complexe et subtil que ça.

> Un signal que « ça fait trop »

Ce n’est évidemment pas une excuse, ni un passe-droit pour s’énerver sur les autres, mais la colère peut parfois être quelque chose d’envahissant pour nous. Parce que l’on se sent déjà « à fleur de peau », que l’on vit les émotions de façon intense, alors en tant qu’hypersensible on ressent parfois une émotion comme la colère de manière décuplée.

Les hypersensibles peuvent être bien souvent surchargés au niveau émotionnel, voire même en saturation au niveau sensoriel (bruit, lumière, matières, odeurs). Tout cela entraine inévitablement de la fatigue qui finit par s’accumuler, et des réactions émotionnelles encore plus exacerbées.

Et encore une fois expliquer ce cercle vicieux, ce n’est pas non plus excuser, c’est pour dire que ça existe. Il n’est pas question de caprice, d’hystérie ou d’autre chose, c’est simplement le signe que quelque chose ne nous va pas.

Et ce « quelque chose qui ne va pas », il parle de quelque chose de vous et de ce que vous vivez ou avez vécu, et il part de quelque chose de juste.

Quand la colère dit quelque chose de juste (et qu’elle n’est pas “de trop”)

> Le non respect du consentement

Dans cet article, on va sans doute finalement distinguer le fond de la forme. Car même si la forme peut poser question, selon moi elle n’empêche absolument pas de parler du fond. Et il y a finalement pas mal de circonstances où on peut se dire qu’il est tout à fait sain et légitime de sentir en colère.

Lorsqu’on considère par exemple qu’une des limites que nous avions fixées a été franchie par quelqu’un d’autre, à fortiori quand elles ont été exprimées de façon claire. On peut dès lors se sentir comme trahi et en colère face à ce que l’on vivra comme une transgression de nos limites et une non prise en compte de nos besoins.

Sur un groupe Facebook d’hypersensibles ; une femme racontait une dispute avec son conjoint en se plaignant des mots qu’il avait exprimé sous le coup de la colère. En racontant l’histoire et l’origine de la dispute, elle explique qu’elle était en train de lui effectuer des soins sur son visage, et que malgré le fait qu’il ait clairement exprimé son refus, elle a tout de même continué.

Dès lors assez vite en commentaires, les personnes lui ont fait comprendre (de manière + ou- bienveillante), que finalement tout partait d’une absence de respect de son consentement.

L’idée dans tout ça, n’est pas de dire telle personne a raison et elle personne a tort, mais de comprendre l’origine de la dispute et de la colère. Et là les commentaires avaient probablement vu juste ; on peut tout à fait supposer que la colère de son conjoint trouve son origine dans l’absence de respect et la transgression des limites qu’il avait fixé.

Encore une fois ça n’excuse pas tel ou tel mot, ou tel comportement déplacé, mais ça vient expliquer pourquoi ça s’est déroulé de cette façon.

Bien entendu il ne s’agit que d’un exemple et qui n’a pas vocation à être universel. A l’inverse, ce sont même très majoritairement les hommes qu’il faut continuer à sensibiliser sur la question du consentement, sur le plan amoureux ou sexuel.

Et en dépit de certaines résistances d’un autre âge, le message qui rappelle que dire NON ce n’est pas dire peut-être, infuse peu à peu dans la société.

Et c’est aussi pour ça que beaucoup de combats féministes s’expriment avec véhémence, parce que cette colère nait du sentiment d’être prise pour des objets. Ce sentiment tenace que ce que l’on exprime et que nos besoins ne comptent pas, crée inévitablement de la colère.

> La violence du réel

Cette même colère qui va naître chez des populations racisées régulièrement discriminées par des contrôles au faciès, dans des recherches d’emploi ou de logement par exemple. Dans ce cas la colère va naître du sentiment d’injustice, d’être discriminé par rapport à quelqu’un qui ne vivra pas tous ces refus.

On peut parfois être en colère face à ce que l’on vit, et à fortiori quand les injustices sont criantes. Et c’est d’ailleurs lorsqu’on a le sentiment que pas grand monde ne les écoute, qu’on se met à les crier.

Des études ont également montré que la précarité matérielle a un impact évidemment négatif sur la santé mentale des individus concernés.

Et ça se comprend aisément, car comment ne pas être anxieux lorsqu’on se retrouve à lutter pour sa survie matérielle. Par exemple quand on sait pas si on va pouvoir manger le lendemain, on peut difficilement nous demander de rester stable sur le plan émotionnel et nerveux, parce que cette angoisse de survie prend toute la place.

Et pourtant beaucoup de celles et ceux qui luttent pour leur survie, et parce qu’il s’en sentent honteux, veulent préserver leur image extérieure et masquer leurs difficultés aux autres. C’est souvent aussi une question de dignité, mais ça ne veut pas dire que ça n’a pas d’effet sur eux.

Dans ce cas, on voit assez clairement que notre santé mentale est directement impactée par nos conditions de vie. Et si cette personne en précarité venait à être accompagnée au niveau psychologique, il serait impossible de faire comme si sa réalité n’existait pas.

Et même au delà de la précarité qui est pourtant présente de façon massive, on peut simplement avoir des conditions de vie difficiles du fait de l’environnement familial, amical ou amoureux dans lequel on se situe. Dans les cas où l’on évolue dans des environnements non sécurisants, non sains, ou même avec un entourage parfois toxique, là aussi c’est bien le réel qui est violent.

De la même façon si on ne se sent pas sécurité en sortant de chez soi, alors il peut naitre en nous un sentiment de colère de ne pas voir nos besoins de calme et de tranquillité respectés.

De tout ça peut naître une ou des colères, parce que lorsque notre réalité est violente, ou l’a été, c’est donc guère étonnant qu’il y ait de la colère. Et l’hypersensibilité dans ce cas, et lorsqu’elle est présente, elle vient simplement amplifier une colère qui est déjà là, et pour de bonnes raisons.

Et à l’inverse ce n’est pas parce qu’on ne subit des choses qui ne seraient pas considérées comme graves, que l’on n’a pas légitime à avoir des besoins.

Et si en tant qu’hypersensible, vous vous posez la question de savoir « si ‘c’est normal de ressentir ça, et si ça n’est pas excessif ». Garder bien en tête que vous êtes légitime à ressentir ce que vous ressentir, puisque c’est ce que vous ressentez et que vos besoins et vos limites ont de l’importance. Vos ressentis ont de l’importance puisque ce sont les vôtres.

Après il faut bien également dire que même une colère tout à fait saine, peut tout à fait déborder.

Quand la colère déborde sur l’autre

> Colères saines et colères qui débordent

Chez beaucoup de personnes et notamment des personnes hypersensibles, la colère nait d’une accumulation de différentes choses qui nous gênent et qui nous dérangent. C’est d’ailleurs souvent parce qu’on a gardé les choses trop longtemps en nous et qu’on ne les a pas exprimé, que cela vient nourrir un ressentiment.

Parfois même et lorsque la relation n’est pas saine, il n’y a pas forcément la place d’exprimer ce que l’on ressent. Dans ce cas, à force de non-dits, il y a un effet cocotte-minute qui est forcément encore davantage délétère pour la relation

Et puis il se produit un événement en particulier, souvent un peu différent des autres et un peu plus visible, et qui fait éclater cette colère qui jusque là était dormante. On emploie dans le langage courant l’expression de « goutte d’eau qui fait déborder le vase », qui est très parlante et qui décrit bien ce processus d’accumulation et même d’épuisement.

Pour autant, et comme on a vu un peu plus haut, ce n’est pas parce que la colère déborde qu’elle ne repose pas sur quelque chose de juste. Elle peut même être saine, puisqu’elle permet d’exprimer le fait que nos besoins ne sont pas comblés.

Le fait qu’elle déborde ne la rend pas illégitime, mais elle va se trouver inévitablement discréditer. Parce que lorsqu’elle explose, plus personne ne s’écouter et ne cherche à se comprendre, ce qui forcément détériore le lien.

> ma colère est légitime et l’autre existe aussi

Et c’est là tout le paradoxe de la colère, elle peut être à la fois tout à fait légitime et avoir un impact sur l’autre, voire sur la relation avec la personne. C’est ce qui rend ce sujet plus complexe qu’il n’y parait, et ce à quoi on le résume le plus souvent.

Il ne suffit pas de dire que la colère est un signal qui nous indique que quelque chose ne va pas, et même si c’est évidemment vrai on ne peut la résumer à cela.

Surtout que certaines personnes hypersensibles pourraient croire à tort que leur hyper-émotivité leur donne une espèce de passe-droit relationnel. En clair comme elles se penseraient dans leur bon droit, elles pourraient jouer une espèce de carte « joker » qui leur permettraient d’exprimer ce qu’elles ressentent sans filtre et sans s’intéresser ni prendre en compte l’impact de leurs paroles et de leurs actes.

Et là non plus on voit bien que ce n’est pas souhaitable, parce qu’en plus de vivre avec soi-même on vit avec les autres.

C’est toute la difficulté qu’il y a à exprimer sa colère. Il est évidemment hors de question de taire ses besoins et ses demandes et même de s’auto-censurer. Mais particulièrement quand la personne en face de nous compte à nos yeux, on essaie également de prendre en compte son ressenti.

Et dans ce genre de situation nous ne sommes coupable de rien, c’est en fait de responsabilité relationnelle dont il est question,

Ce qu’on peut faire (sans promettre l’impossible)

Quand on dit que la colère est un signal précieux, cela signifie qu’il faut parfois essayer de ne pas s’arrêter aux apparences. C’est tout l’intérêt d’essayer de ne pas l’exprimer immédiatement, afin d’avoir ce temps de pause nécessaire pour y voir plus clair.

Parce que ce temps-là nous laisse une possibilité de pouvoir exprimer ce qu’on le ressent d’une façon plus entendable. Le but n’est certainement pas de taire ce que l’on a sur le coeur, mais de chercher déjà à l’identifier.

Parce que si vous avez ce besoin d’exprimer cet énervement, c’est bien qu’il y a quelque chose de douloureux en vous. Et le fait d’essayer de chercher à le comprendre, de pouvoir le nommer même, aide énormément. C’est en ça que le fait d’écrire par exemple, peut vous aider dans ce travail d’introspection.

Et finalement on voit bien que ça n’est pas l’hypersensibilité le problème, puisqu’elle ne fait qu’amplifier ou révéler une tension en vous qui était déjà là.

Un bon repère pour vous aider dans ce processus, c’est de s’intéresser à la communication non violente, car elle permet justement d’exprimer ce que l’on ressent et de formuler ce dont on aurait besoin sous forme de demande à l’autre. On en parle de façon plus détaillée dans cet article qui parle du fait d’exprimer sa colère sans tout faire exploser.

Souvent aussi la prise en charge de la douleur que vous ressentez, elle passera par le fait de prendre une décision qui opèrera un changement dans votre vie. Comme cela n’a rien d’anodin et que cela nécessite de se sentir prêt(e), cela prendre forcément du temps.

Et puis parfois quand les choses nous dépassent ou qu’on identifie qu’on se retrouve régulièrement dans les mêmes situations et les mêmes schémas. alors il peut être utile d’avoir un soutien extérieur et de bénéficier de l’accompagnement d’un(e) professionnel(le) Un(e) professionnel(le) qui ne cherchera pas à supprimer votre colère, mais qui la verra pour ce qu’elle est : l’expression de quelque chose de plus profond.

Comme on l’a dit un peu plus haut, parfois notre histoire personnelle ou nos conditions réelles de vie font que ces émotions sont là et pour de bonnes raisons. Et le pire dans tout ça c’est sans doute se juger trop rapidement, et de se rajouter encore davantage de culpabilité.

Parce qu’en réalité, on fait déjà de notre mieux, avec ce qu’on est en capacité de faire à notre niveau, et c’est déjà beaucoup.

Auteur/autrice

  • Hypersensible moi-même, j’ai créé ce site pour accompagner celles et ceux qui se sentent souvent “trop” ou toujours en décalage. Je dis "chocolatine" aussi 😉

🦥Le paresseux voudrait vous dire un petit mot (rien d'obligatoire)

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