
🦥En bref, ce que vous allez découvrir ici
- Hypersensibilité ou hyperémotivité ? : On confond souvent hypersensibilité et hyperémotivité, mais le fait de pleurer facilement n’est qu’un tout petit aspect de la sensibilité. Certains hypersensibles réagissent surtout aux sons, aux lumières, aux odeurs ou aux textures. D’autres ont une forte intuition, une analyse fine, et tout cela crée parfois une surcharge mentale. L’hypersensibilité, c’est un mode de fonctionnement complet, ça n’est pas juste “être à fleur de peau”.
- Quand la science éclaire notre intensité émotionnelle : Les neurosciences montrent que le cerveau des hypersensibles traite plus d’informations. Certaines zones du cerveau s’activent davantage, ce qui explique une empathie et une conscience émotionnelle accrues. L’émotion monte plus vite, plus fort, et met plus de temps à redescendre. Ce n’est donc pas parce qu’on en fait trop, mais parce qu’on perçoit davantage.
- Ces montagnes russes émotionnelles qui épuisent : Vivre fort, c’est parfois passer de la joie à la lassitude en quelques heures, quelques minutes parfois. Les hypersensibles connaissent bien ces oscillations, souvent mal comprises par les autres. Cela n’a rien à voir avec des troubles bipolaires, ce sont des réactions intenses par rapport à ce qu’on vit. Attention à ne par retenir ses émotions., elles finissent par s’imprimer, parfois jusque dans le corps. Écrire, aide à les libérer sans qu’elles nous submergent.
- Accueillir et apprivoiser ses émotions : Les émotions ne sont pas dans la tête seulement, elles se ressentent dans le corps. Savoir repérer les signes, la respiration courte ou la boule au ventre, c’est déjà commencer à les apprivoiser. Méditation, sophrologie, cohérence cardiaque ou contact avec la nature permettent de retrouver un équilibre intérieur. L’idée n’est pas de fuir ce qu’on ressent, mais d’apprendre à le traverser.
- Quand on n’y arrive plus seul : Il y a parfois des moments où tout déborde, où on n’y arrive plus, dans ce cas demander de l’aide devient essentiel. Parler à un professionnel comme un(e) psychologue, c’est se donner la possibilité de démêler ses émotions, de faire de la place à ce qui a été refoulé. Nommer les émotions, c’est déjà commencer à les apaiser. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, mais un acte de courage.
- Ressentir fort, c’est aussi vivre fort : Cette intensité qui épuise parfois, c’est aussi celle qui rend capable de s’émerveiller, de vibrer et d’aimer profondément. Ressentir fort, c’est vivre avec davantage de couleurs. C’est aussi créer des liens rares, authentiques, avec ceux qui nous ressemblent. Apprendre à accueillir ces vagues d’émotions, c’est apprendre à surfer sur la vie plutôt qu’à la subir.
Hypersensibilité ou hyperémotivité : deux réalités à ne pas confondre
A l’évocation du mot hypersensible, beaucoup de personnes ont l’image d’une personne qui pleurerait pour tout et n’importe quoi, notamment devant des films. Cette image est très réductrice parce qu’elle parle d’un seul aspect de l’hypersensibilité : l’hyperémotivité.
Et même si cette émotivité concerne beaucoup d’hypersensibles, il y a également des hypersensibles qui ne ressentent pas spécialement cette hyperémotivité. Lorsque c’est le cas, ces personnes sont en réalité davantage hyperesthésiques, c’est-à-dire davantage sensibles aux stimulations sensorielles comme le bruit, les odeurs, la vue ou le toucher …
Les hypersensibles ont également bien souvent un bon esprit d’analyse et une bonne intuition, alors tout cela peut créer parfois de la confusion voire de la surcharge mentale.
C’est de cette distinction entre hypersensibilité et hyperémotivité dont parle très bien l’acteur Maurice Barthélemy, co-auteur avec Charlotte Wils du livre : « Fort comme un hypersensible ».
Et il est vrai que même si l’hyperémotivité est très courante, elle est également souvent liée à un contexte. Et c’est vrai que lorsqu’on est exposé à des situation de fatigue, de stress ou d’anxiété que l’on ressent une émotion de façon exacerbée.
C’est aussi souvent parce que notre premier réflexe est de vouloir faire taire, de vouloir mettre sous le tapis cette émotion inconfortable, qu’elle finit par ressortir, souvent plus forte qu’avant.
Parce que les émotions ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, elles sont simplement porteuses d’un message. Elles sont le signal que certains de nos besoins ne sont pas comblés
Il faut dire aussi que les émotions ont la vie dure et sont souvent stigmatisés dans les discours, de ceux qui confondant sensibilité et émotivité, et jugent que l’on est « trop sensible ». Dans des contextes où l’on sent qu’elle ne seront pas accueillies ni respectées, notre réflexe peut être de les dissimuler, et d’en avoir honte mais on en reparlera un peu plus en détail dans la suite de l’article.
L’hypersensibilité c’est en fait tout un tas de signes, de caractéristiques communes qu’ont les hypersensibles, et dont l’hyperémotivité fait évidemment partie. Mais comme tous les hypersensibles sont différentes, il est possible que certains aient des caractéristiques que d’autres n’aient pas.
L’hypersensibilité c’est bien au-delà de l’hyperémotivité, et de l’hyperesthésie, c’est une manière de fonctionner et d’être au monde si différente de la norme, qu’elle crée ce sentiment de décalage que l’on ressent tous.
Pour autant on est beaucoup d’hypersensibles à vivre les émotions de façon intense, et ce n’est pas « nous qui exagérons ». C’est simplement que nous vivons les émotions de façon intense, et c’est ce dont on va parler aujourd’hui.
Ce que la science dit de l’intensité émotionnelle
D’ailleurs la recherche scientifique commence à mieux comprendre ce que beaucoup d’hypersensibles décrivent depuis longtemps : une émotion qui monte plus vite, plus fort, et qui met plus de temps à redescendre. Les neurosciences confirment l’existence d’un trait de personnalité appelé Sensory Processing Sensitivity (SPS), ou sensibilité de traitement sensoriel.
Ce trait, étudié notamment par la psychologue américaine Elaine Aron, correspond à une plus grande réactivité émotionnelle et une capacité accrue à percevoir les subtilités de l’environnement.
Des études d’imagerie cérébrale montrent que les personnes à haute sensibilité présentent des différences d’activation dans certaines régions du cerveau liées à l’émotion et à la mémoire.
Une recherche menée en 2014 Acevedo et al., 2014 – Brain and Behavior à l’aide d’IRM a observé, chez les individus à forte sensibilité, une activation plus marquée de l’insula (cortex insulaire) et du cortex cingulaire antérieur lorsqu’ils regardaient des visages exprimant des émotions. Ces régions sont associées à l’empathie, à la conscience de soi et au traitement des émotions d’autrui.
Une autre étude publiée en 2021 Jagiellowicz et al., 2021 – Brain and Behaviora mis en évidence une connectivité accrue entre l’hippocampe et le précunéus, deux zones impliquées dans la mémoire épisodique et l’intégration émotionnelle.
Si cela vous intéresse et pour info le précunéus : c’est une petite petite région de la face interne du lobe pariétal du cortex cérébral, qui est même parfois surnommée « zone du bonheur ». Tandis que l’hippocampe, est une partie toute en longueur qui est située sous la surface du cortex et qui joue un rôle central dans la mémoire et la navigation spatiale.
Cette connectivité plus grande pourrait expliquer pourquoi certaines émotions ou scènes vécues “restent vivantes” longtemps après qu’elles se soient produites.
Enfin, une étude plus récente (2022) Bjornsdottir et al., 2022 – Neuroscience Letters a observé une activité plus forte du cortex insulaire chez les personnes à haute sensibilité lorsqu’elles recevaient un toucher doux. Cela suggère que leur cerveau traite les sensations physiques et émotionnelles avec plus de profondeur et de finesse
Ces travaux ont tendance à aller tous dans la même direction : en montrant que les personnes hypersensibles ne “fabriquent” pas plus d’émotions que les autres. C’est simplement que leur cerveau se retrouve à traiter davantage d’informations.
Les hypersensibles ont souvent une activation plus forte du système limbique, notamment l’amygdale (celle du cerveau et non de la gorge, qui détecte les signaux émotionnels) et l’hippocampe (qui les mémorise).
Ensuite le cortex préfrontal, responsable de la régulation, entre ensuite en jeu pour ramener l’équilibre. Et c’est là que chez les hypersensibles, le processus de régulation est parfois plus lent, ce qui peut donner cette impression que “l’émotion met du temps à redescendre”.
Ce n’est donc pas une faiblesse du cerveau, mais c’est comme une forme d’amplification du système émotionnel, et une régulation qui met plus de temps à arriver. C’est pour cela que les hypersensibles ont souvent l’impression de vivre des émotions fortes, comme sur des montagnes russes.
Les montagnes russes émotionnelles : quand l’intensité devient épuisante
On est pas mal d’hypersensibles à vivre des espèces de montagnes russes émotionnelles, souvent même dans la même journée.
Un hypersensible qui vit de l’hyperémotivité va alterner entre des moments d’euphorie intense, de joie même, et de phases de découragement, de vide, voire même d’irritabilité. Et évidemment le fait de vivre ce genre de montagnes russes émotionnelles, ne peut que fatiguer.
Cette variation émotionnelle est parfois assimilée à tort au trouble bipolaire, qui elle est une maladie caractérisée par une succession d’épisodes maniaques et dépressifs.
Chez les hypersensibles, les fluctuations sont normalement plus rapides et dépendent plus souvent directement des situations vécues. On parle donc d’oscillation émotionnelle et non de « trouble de l’humeur » comme pour la bipolarité.
Le plus souvent pour les hypersensibles, il s’agit de trop-plein émotionnels parfois accumulés, et qui n’ont pas forcément d’espace pour s’exprimer. Beaucoup d’hypersensibles ont appris à retenir leurs émotions, par peur de déranger, d’être jugés, ou simplement parce qu’ils ont trop souvent entendu “tu en fais trop”.
C’est encore davantage vrai pour les hommes, qui reçoivent très souvent par leur éducation, le message qu’un « vrai homme ne pleure pas ».
Mais cette inhibition émotionnelle, elle a forcément un coût : on pourrait même dire, que ce qui n’est pas exprimé s’imprime. Et lorsqu’elle est refoulée une émotion peut finir par ressurgir en symptôme physique dans le corps, ou de façon plus intense qu’avant.
Beaucoup d’hypersensibles décrivent également très bien ce phénomène de rumination qui peut naître d’une émotion qui n’a pas été exprimée.
On aura tendance, et je pense que je ne suis pas le seul dans ce cas, à rejouer les scènes dans notre tête. Et à essayer de chercher ce qu’on aurait pu dire autrement, à même rester en boucle comme une idée fixe et avoir du mal à lâcher-prise sur ça.
Cette impossibilité de pouvoir exprimer ce trop-plein émotionnel va forcément avoir un impact négatif sur les relations que l’on va nouer avec les autres. C’est donc pour cela qu’il va être important, qu’il y ait un espace dans lequel vous puissiez les accueillir et les exprimer dans peur d’être jugé.
En ça le fait d’écrire ce que l’on ressent, permet de mettre des mots sur ce que l’on ressent là, maintenant.
D’ailleurs des travaux en neurosciences Lieberman et al., 2007 – Psychological Science montrent d’ailleurs que mettre des mots sur une émotion active le cortex préfrontal, la zone du cerveau qui aide à la réguler. C’est l’“affect labeling”, c’est-à-dire le fait de mettre des mots sur ce qu’on ressent, qui permet une sorte de régulation émotionnelle.
Et puis au delà de les nommer, il s’agit aussi de leur trouver une juste place.
Trouver une juste place pour ses émotions
On a commencé à en parler dans le chapitre précédent, mais le préalable à tout ça c’est déjà de la reconnaitre. Et une émotion n’est pas seulement dans la tête, elle s’exprime dans le corps.
Parfois par la respiration, le souffle court, ou la gorge nouée, ou bien les mains moites, ou bien parfois des tension dans la nuque ou la boule au ventre. Finalement via le système nerveux, notre corps s’exprime et nous envoie des signes.
Et il est vrai que lorsqu’on parvient à mieux se connaître et à les repérer, on fait déjà le premier pas nécessaire pour les accueillir.
Pour les nommer on peut écrire, voire parler, mais surtout on doit avoir la place de les exprimer.
Sans déverser la colère que l’on ressent sur les autres, sans rendre les autres responsables de son chagrin ; mais pouvoir simplement exprimer que l’on ressent ces émotions-là sans crainte d’être jugé(e). Même seul(e).
Parce que c’est tout à fait ok de ressentir ce genre d’émotions, c’est ce qui nous rend humain et surtout authentiques, pleinement vrais.
Et puis pour vous y aider il y a certaines approches comme la sophrologie par exemple, qui ont pour but de reconnecter le corps avec les émotions.
La pratique de la méditation de pleine conscience, permet également de se détacher de l’émotion que l’on ressent. Parce qu’on comprend que l’on n’est pas notre tristesse ou notre colère, on prend conscience de l’émotion que l’on ressent telle qu’elle est, sans la juger. On en est comme détaché.
Elle est là, et on est invité à se laisser traverser par elle, même si parfois très inconfortable voire douloureux.
La cohérence cardiaque, parce qu’elle permet de se concentrer sur sa respiration, peut aider aussi à davantage de stabilité émotionnelle. Comme la nature, le contact avec animaux, la lecture, ou bien la pratique d’activités artistiques qui ont des effets positifs souvent prouvés scientifiquement sur le stress et l’anxiété.
Et puis il est parfois nécessaire de déconnecter pleinement, en ça les jours de repos et les vacances peuvent devenir l’occasion de véritables déconnections. Déconnecter aussi des réseaux sociaux et d’une actualité souvent anxiogène, peuvent permettre de revenir à davantage à soi et à davantage de calme.
Lorsqu’on a la chance de pouvoir partir loin de chez soi et de son environnement quotidien, même quelques jours seulement. On se sent comme nettoyé, renouvelé, et souvent bien plus productif et créatif qu’avant cette pause régénérante.
Pour des hypersensibles plutôt introvertis, il sera important de goûter à ces moments de calme voire de solitude, afin de calmer cette surcharge émotionnelle et véritablement recharger ses batteries.
Et puis parfois il peut arriver, que justement on n’y arrive pas, et que tout ça nous dépasse nous déborde, et que l’on s’y noie. Et c’est là que demander de l’aide devient, non pas un aveu de faiblesse, mais un acte de courage et un cadeau que l’on se fait.
Le rôle d’un(e) psychologue par exemple, c’est de vous aider à démêler cette espèce de grande pelote de laine de vos émotions, où tout est mélangé. Où chaque fil vous allez tirer et démêler va libérer la place pour d’autres ; parfois présents depuis longtemps, moins visibles et pourtant tellement importants à démêler.
C’est tout cela qui permet aux émotions de trouver leur juste place, dans ce qu’elles ont de riche également.
Ressentir fort, c’est aussi vivre fort
Au fond on parle souvent des émotions intenses comme d’un fardeau, au point parfois de vouloir ne plus être hypersensible. Mais puisqu’on ne peut pas s’arrêter d’être hypersensible, autant essayer de composer avec et d’essayer d’en faire une force.
Parce qu’être profondément touché par un regard, une musique, tel mot ou telle phrase, c’est aussi simplement beau. C’est cette authenticité, qui donne de la couleur à la vie, au lieu de nous la faire voir en noir et blanc.
Cette même émotivité qui nous fait souffrir parfois, nous rend aussi capables de nous émerveiller et de vivre des joies intenses.
Alors bien entendu, ça demande à bien se connaître et à parvenir à accepter ces phases où l’on est moins bien. Ces phases où les émotions viennent se rappeler à nous par leur intensité.
Elles sont là et elles sont éphémères, alors les accueillir permet qu’elle finisse par s’en aller.
Et c’est parce qu’ils vivent des émotions intenses et sont parfois en empathie avec celle des autres, que les hypersensibles peuvent créer des liens rares avec les autres.
D’ailleurs lorsqu’on est au contact d’hypersensibles qui nous ressemblent, c’est souvent cette même sensibilité qui permet de créer des liens authentiques. Parce qu’on s’écoute sans se juger, et qu’on parvient même parfois à entendre ce que l’autre ne dit pas.
L’apprentissage c’est donc d’apprendre à surfer sur ces vagues d’émotion, plutôt que de les subir. C’est de les voir comme une manière d’habiter le monde intensément, parce qu’elles permettent de s’émerveiller, de compatir, et même d’aimer.
Références scientifiques
- Acevedo, B. P., Aron, E. N., Aron, A., Sangster, M.-D., Collins, N., & Brown, L. L. (2014). The highly sensitive brain: An fMRI study of sensory processing sensitivity and response to others’ emotions. Brain and Behavior, 4(4), 580-594.
- Jagiellowicz, J., Xu, X., Aron, E., Aron, A., Cao, G., & Weng, X. (2011). The trait of sensory processing sensitivity and neural responses to changes in visual scenes. Social Cognitive and Affective Neuroscience, 6(1), 38-47.
- Acevedo, B. P., & Brown, L. L. (2018). The functional highly sensitive brain: A review of the brain circuits underlying sensory processing sensitivity and seemingly related disorders. Frontiers in Neuroscience, 12, 100.
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