
Quand les réseaux peuvent devenir un refuge… et un piège
> La solitude est souvent présente
Avant de parler de réseaux sociaux, il semble important de parler solitude et surtout du sentiment de solitude.
Une étude de 2024 publiée par la fondation de France, montre à quel point la solitude concerne une part de plus en plus importante de la population, surtout chez les plus jeunes. Chez les personnes âgées de 25 à 39 ans, c’est même 1 personne sur 3 se sent seul. Et même si ce n’est pas l’objet de l’article, cette solitude est encore davantage présente pour des personnes en situation de précarité.
Malheureusement cette solitude est très souvent mal vécue, et même subie, mais lorsqu’elle ne l’est pas les choses peuvent être différentes.
Et c’est parce qu’elles peuvent particulièrement concernées par la surcharge émotionnelle et sensorielle, que les personnes hypersensibles surtout introverties, ont besoin de moments de calme et de repos pour recharger leurs batteries.
Dans ce cas, le fait de passer du temps seul devient en réalité bénéfique, parce qu’il permet de retrouver son énergie.
Alors pourquoi parler de solitude dans un article sur les réseaux sociaux ? Parce qu’il est difficile de ne pas voir ce sentiment de solitude comme une des causes d’un recours accru aux écrans et aux réseaux sociaux.
Bien entendu c’est souvent un peu plus diffus que ça, parce que les portables ont pris une place très importantes dans nos vies. Alors pour éviter l’ennui, on peut tous se retrouver par réflexe à scroller sur telle ou telle appli.
Mais pour des personnes hypersensibles, il y a souvent ce sentiment parfois tenace de se sentir différent(e) des autres, parfois en décalage du fait de notre fonctionnement atypique. Dans ce cas, rares seront les personnes qui ne nous font pas ressentir ce sentiment de décalage.
Et si on n’a pas la chance de les avoir rencontrées, alors il est possible qu’on rencontre des difficultés à construire des relations avec les autres, et qu’on finisse par se sentir seul(e). Dans ce cas, les réseaux sociaux deviennent naturellement le moyen que l’on a plus facilement sous la main, pour se sentir moins seul(e).
> Les réseaux sociaux pour s’anesthésier
Bien souvent également on utilise nos écrans pour éviter de penser à ce qu’on ressent, et au moins pour un temps, et pour goûter à un certain apaisement. Dans ce cas scroller sur son téléphone permet de mettre en pause les vagues émotionnelles que l’on pourrait ressentir, on vient en quelque sorte s’anesthésier.
On peut se retrouver à scroller sur Instagram ou autres, parfois même sans s’en rendre réellement compte, cela devient comme un réflexe. Je dis on, parce que moi le premier, j’ai régulièrement ce réflexe, et je sais qu’on est beaucoup dans ce cas.
Il faut dire aussi que les écrans et les applications viennent nous délivrer ce petit surplus de dopamine, cette fameuse molécule « du plaisir », qui explique qu’on puisse y avoir tant recours. Cette même molécule, qui explique pourquoi on peut malheureusement finir par tomber dans l’addiction.
Les enfants y sont également encore davantage vulnérables. Des études notamment celle-ci ont montré que chez les enfants, un temps d’écran de 2 heures ou plus par jour multiplie d’environ 1,5 fois le risque de troubles de l’attention.
Cela signifie que, que ce soit pour les adultes ou pour les enfants, l’usage des écrans et des réseaux sociaux n’est de toute façon pas neutre.
A titre personnel j’aime lire des livres, et je constate que les moments où mon usage des réseaux est (trop) important, j’ai plus de difficultés à rester concentré sur ce que je lis. Dans ces moments-là je finis par lire beaucoup moins, voire à ne plus lire du tout.
Et ce n’est qu’en revenant à un usage beaucoup plus raisonnable du portable et des réseaux sociaux voire même en les coupant temporairement, que je parviens à me lancer dans de plus grandes sessions de lecture.
Tout ça n’a pas pour but de diaboliser les réseaux sociaux, cela n’aurait pas plus d’intérêt que ça.
Mais en écrivant un article sur les réseaux sociaux, on peut difficilement occulter le danger qu’ils peuvent représenter et qui commencent par ailleurs à être de plus en plus connu et documenté. Néanmoins on verra dans les chapitres suivants, la question des réseaux sociaux sous d’autres aspects, parfois plus positifs.
Parce qu’on le veuille ou non, ils sont là et font partie de nos vies. Surtout qu’il y a un aspect des réseaux sociaux dont on parle moins et qui peut être un piège : les bulles algorithmiques.
Les algorithmes créent des bulles
> Leur but : vous garder
Comme d’autres applications mobiles comme les jeux par exemple, les réseaux sociaux sont pensés pour nous faire rester le plus longtemps possible. Ce n’est absolument pas du complotisme, que de dire que leur but est de nous garder « captif » afin que nous restions le plus longtemps possible sur leurs plate-forme.
Pour comprendre pourquoi ils veulent nous garder sur leur plate-forme, il faut d’abord se pencher sur leurs modèles économiques.
Ces plateformes gagnent de l’argent par les publicités ciblées, qui le sont en fonction de qui nous sommes, de nos modes de vie et de nos goûts. Et c’est parce qu’elles collectent nos données personnelles, qu’elles peuvent nous suggérer des offres commerciales censées nous correspondre.
Un des moyens qu’elles ont trouvé pour nous garder « captif », c’est donc de mettre en place des algorithmes, c’est à dire des suites de calcul mathématique complexes qui font que les publications que l’on va vous suggérer ne seront certainement pas le fruit du hasard. Elles seront ciblées en fonction de vos (supposées) préférences.
Alors chacun de ces réseaux sociaux a crée son propre algorithme, afin de vous présenter ce qui serait susceptible de vous plaire et de vous faire rester le plus longtemps possible.
Par exemple jusqu’en 2016, Instagram présentait par les publications de votre fil d’actualité sous forme chronologique, en mettant les plus récentes d’abord. Il n’y avait pas donc de classement algorithmique en fonction de ce que vous pourriez davantage aimer ou non.
Puis en avril 2016, Instagram a décidé de changer d’algorithme pour faire en sorte qu’apparaisse en premier sur votre fil d’actualité, les publications les plus susceptibles de vous intéresser. Depuis Instagram, comme le répertorie cette page Wikipedia et comme le font tous les autres réseaux sociaux, modifie régulièrement son algorithme afin que les suggestions vous conviennent encore davantage.
Pour cela, ils se servent de vos données mais analysent également votre comportement, ce que vous regardez et ce sur quoi vous réagissez ou non, afin de vous suggérer ce qui vous plait et de vous garder le plus longtemps possible. Cela crée forcément un effet de bulle, et on se retrouve tous enfermé sans forcément s’en rendre compte dans cette bulle algorithmique.
Parce que cela va finir par nous suggérer des contenus en rapport avec nos centres d’intérêt, des contenus qui vont souvent coller à notre vision du monde sans nous ouvrir à d’autres. Naturellement on ne verra qu’une infime partie des publications, celle qui vont dans notre sens.
> L’ère du conflit permanent
Surtout les réseaux vont souvent mettre en avant les contenus qui font davantage réagir, et qui sont bien souvent, polarisants, conflictuels.
Vous savez tous ces contenus qui sont là pour faire du buzz, générer des réactions et des commentaires même hostiles. Qui font que petit à petit notre fil d’actualité aura tendance à se dégrader, et que font qu’on peut même finir parfois par détester le réseau social que l’on appréciait auparavant.
Bien entendu en faisant ça, on ouvre une boîte de Pandore : celle de la sur-enchère permanente. On rentre dans une course effrénée au sensationnel et au conflit, pour faire toujours + réagir.
Jusqu’à en venir à des pratiques absurdes, comme le fait de rajouter de façon volontaire des fautes d’orthographe, de syntaxe ou des erreurs de prononciation afin de susciter des réactions et des commentaires. Ces commentaires qui seront bien souvent hostiles, qui seront des réactions de moquerie ou de haine, face à cette « erreur ».
On voit bien que les réseaux sociaux viennent amplifier, voire flatter les bas instincts des utilisateurs, ce qui crée un climat des plus délétères. Face à cela les politiques de modération des différentes plate-forme semblent bien insuffisantes et posent même souvent question.
Début 2025, suite à l’élection de Donald Trump, le groupe Meta qui possède entre autres Facebook et Instagram a décidé de supprimer son programme de vérification de fausses informations. En abandonnant la lutte certes imparfaite contre les « fake news », ces réseaux sociaux envoient le signal qu’à présent « tout est permis ».
Il en ressort même de façon cynique, que les plate-forme n’ont aucun intérêt financier à modérer ces contenus qui pourtant peuvent poser problème. Parce que ce sont ces contenus-là qui génèrent, le plus de réactions le plus d’engagement et donc au final le plus de recettes publicitaires.
Pour des hypersensibles, ça rend les réseaux sociaux forcément anxiogènes, parce qu’ils peuvent devenir en eux-même une source de surcharge émotionnelle.
> Se comparer à des miroirs déformants
Cet effet de bulle algorithmique peut être à double tranchant pour des hypersensibles. Car si l’on parvient à être épargné de contenus conflictuels ou anxiogènes, on peut y trouver la possibilité de nous réfugier dans notre bulle.
Et lorsqu’on est sensible à la beauté, à l’art, aux autres être humains et à leurs histoires inspirantes, alors il est possible que notre bulle de réseaux sociaux soit composé de ça. En clair nos algorithmes nous connaissent bien, nous montrent ce qui nous plaît, et nous épargnent le plus souvent ce qui nous déplaît le plus.
Mais ce monde « instagrammable » est parfois très éloigné de la réalité concrète de ce que l’on vit, en nous renvoyant l’image d’un monde « tel qu’il devrait être ». C’est particulièrement visible sur Instagram justement, où beaucoup de personnes montrent une espèce de vie rêvée, qui peut parfois donner envie, mais qui n’est bien souvent qu’une illusion.
Dans ce cas, le piège qui peut être tentant serait de nous comparer à ce que l’on voit, jusqu’à en devenir envieux, jusqu’à nous dénigrer. Si notre estime de nous-même n’est pas au beau fixe, alors une photo ou une publication peut réveiller en nous un sentiment de manque ou d’insuffisance.
Pourtant les réseaux sociaux sont l’endroit idéal pour tenir un rôle et créer une illusion, celle d’une vie parfaite où l’on a envie de montrer uniquement le positif. En cela sur les réseaux sociaux, chacun choisit ce qu’il veut montrer.
Et c’est parce que l’on se retrouve à se comparer avec la facette la plus positive de la vie d’autres gens, que le fait de se comparer avec les autres est finalement absurde. Surtout qu’on est souvent nous-même pas forcément très objectif et trop sévère sur nous-même et nos propres vies.
Souvent aussi nous ne voyons pas tout ce qui n’est pas montré, la plus grosse partie de l’iceberg celle qui est immergée. On ne voit pas tous les moments de doute, de désarroi, de frustration, tous ces moments plus difficiles que les autres vivent finalement autant que nous.
Surtout qu’on peut tout à fait être amené à se comparer avec des gens qui sont très différents de nous, parfois non hypersensibles, et qui n’en sont parfois absolument pas au même point que nous.
Je vais prendre mon exemple, je suis débutant aux échecs et à force d’entrainement et de pratique je progresse petit-à-petit. Néanmoins mon niveau est encore beaucoup plus faible que des joueurs plus aguerris, et je ne parle même pas de l’écart de niveau abyssal qui existe avec des joueurs pro.
Dans mon cas, me comparer à des joueurs nettement mieux classés que moi n’aurait aucun sens, sinon pour me dénigrer sur mon niveau. Donc je ne me compare pas à eux, parce que j’admets tout à fait qu’on n’en est pas au même point.
Plutôt que de me comparer à des joueurs pro, j’essaie de m’en inspirer en essayant de puiser dans leurs exemples, des choses susceptibles de m’aider à progresser. Et c’est sans doute le chemin à suivre, plutôt que de se comparer à la vie rêvée des autres.
Cela permet de rester centré sur soi et plus sur les autres, les autres viennent simplement nourrir notre réflexion et notre avancée. En ça les réseaux sociaux peuvent aussi être inspirants, et même paradoxalement nous ramener vers davantage de réel.
Tout dépend de notre usage
> Remettre l’algorithme à sa (juste) place
On a commencé à parler d’inspiration dans le chapitre précédent, et c’est sans doute quelque chose d’essentiel. Cela demande bien-sûr à avoir une estime de soi suffisante, pour ne pas se retrouver à se dénigrer par rapport aux autres.
Comme l’outil en lui-même présente tout un tas de dangers et de pièges que l’on a évoqués tout au long de l’article, c’est sans doute une bonne chose de réfléchir à l’utilisation que l’on peut en faire.
Sur le plan quantitatif bien-sûr en n’hésitant pas à réduire voire à déconnecter pour un temps les réseaux, si on juge que l’on en a besoin. Mais peut-être aussi et surtout sur un plan qualitatif.
Sur chaque réseau social vous avez la possibilité de consulter, certes quelquefois de façon cachée, du tri algorithmique.
Sur Instagram, vous pouvez tout à fait trier votre fil d’actualité en faisant le choix » de trier par « les plus récentes », ce qui vous permettra de voir toutes les publications des compte que vous suivez, par ordre chronologique.
Même si ça n’est pas tout à fait un réseau social, sur Youtube vous avez avez une rubrique abonnement qui permet là aussi d’afficher les vidéos des comptes que vous suivez classées des plus récentes aux plus anciennes. Cela permet de contourner l’algorithme Youtube, qui a tendance à nous enfermer dans des contenus très similaires.
Sans compter que sur n’importe quel réseau social, il est tout à fait possible de cliquer sur le nom des personnes ou des organisations afin d’accéder à toutes leurs publications, ou simplement d’utiliser la barre de recherche pour trouver un contenu sur un sujet précis.
Tout ceci permet de contourner l’algorithme, voire il permet de façon indirecte de le rendre plus conforme à nos centres d’intérêt du moment. Cela permet de trouver de nouvelles sources d’inspiration, et de connexions potentielles.
> Inspiration et connexion
En essayant d’être moins passif et de reprendre la main au travers des quelques exemples que je vous ai donné, le but est d’en avoir un usage qui vous convienne. Et c’est ce qui permet de rentrer en contact avec des personnes qui partagent les mêmes centres d’intérêt que vous, voire la même vision sensible.
Le gros point fort d’une plate-forme comme Facebook par exemple, ce sont ces groupes publics ou privés sur à peu près tous les sujets et qui fédèrent des communautés et peuvent permettre de nouer des liens.
Pour parler d’un sujet qui nous intéresse : l’hypersensibilité, il y existe tout un tas de groupes plus ou moins bien modérés autour de ce sujet. Ce qui peut permettre de connaitre d’autres personnes qui vivent des ressentis, des choses similaires aux nôtres.
Cela signifie qu’il est possible de communiquer avec des personnes qui non seulement peuvent apprécier quelque chose pour lequel on a nous aussi manifesté un intérêt, mais aussi avec qui on va partager des particularités communes.
Un réseau social comme Discord, a un fonctionnement qui rappelle un petit peu celui des forums internet, qui ont connu leur heure de gloire dans les années 2000. Ici au lieu d’un forum c’est un serveur Discord, dans lequel il existe de multiples canaux qui sont des fils de discussion sur différents sujets.
C’est typiquement le genre de fonctionnement susceptibles de générer du lien et qui peut tout à fait si on le souhaite, sortir du virtuel et être pleinement dans le réel.
> Retrouver l’ancrage : du virtuel au vivant
Finalement ce qui en ressort de tout ça c’est que c’est lorsqu’on commence à mieux comprendre le fonctionnement de ces réseaux, qu’on peut commencer à réfléchir à leur utilisation.
Malgré tous les dangers que les réseaux sociaux présentent, les diaboliser en disant qu’il faut absolument les fuir, n’apporte finalement pas grand chose de plus. Ils sont là et sont utilisés massivement rendent parfois accros, et faire comme s’ils n’existaient pas, n’apporterait rien.
Cela rappelle ce qui produit actuellement au sujet de l’Intelligence Artificielle, qui elle-aussi présente tout un tas de dangers sur le plan de la sécurité, de l’emploi, de la propriété intellectuelle et de l’environnement. Pour autant la position qui consiste à la rejeter en bloc, même si elle est compréhensible, n’apporte rien, elle n’empêchera pas l’IA d’être présente et prendre une place croissante dans nos vies.
Sur ces sujets, la question centrale c’est finalement celle de l’utilisation que l’on en fait, parce que c’est là-dessus que l’on peut directement agir.
Est-ce que par exemple le fait d’être dans plein de conversations WhatsApp, et de recevoir de nombreuses notifications, est vraiment ce dont vous avez besoin aujourd’hui ? Si comme beaucoup d’introvertis, vous ressentez le besoin tout à fait légitime de ne pas être tout le temps disponible, vous pouvez tout à fait mettre ces conversations en silencieux temporairement ou définitivement.
Le but de tout ça est de vous reconnecter à vos besoins, d’essayer petit à petit de sortir du réflexe du scroll sur le réseaux sociaux. Ce qui peut aider à y parvenir c’est de se poser la question du « pourquoi j’ouvre cet application maintenant ».
Parce que le fait de remettre de la conscience sur les choses, aide déjà à faire des choix qui nous correspondent davantage.
Et peut-être que votre besoin du moment est toute autre, peut-être que dans le fond vous auriez envie de marcher en plein nature, de peindre ou d’aller au cinéma. Peut-être que les réseaux sociaux sont votre réflexe de procrastination, et qu’en faisant cela vous remettez au lendemain ce travail ou cette démarche que vous appréhendez de faire.
Comme on l’a dit dans le chapitre précédent, le virtuel peut également tout à fait débaucher sur du réel.
Certaines trouvent même des amis ou l’amour via ces réseaux sociaux. Et remettre de la conscience sur l’usage qu’on en fait, permet surtout de se trouver soi, c’est peut-être plus important que tout le reste.
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