
🦥En bref : ce que vous allez découvrir ici
- Personne ne peut seulement donner : Lorsqu’on a tendance à beaucoup donner, on peut vite se retrouver dans une relation (amicale ou amoureuse) totalement déséquilibrée, et même vivre ce schéma de façon répétée. Et pourtant même si on ne donne pas dans ce but, nous aurions naturellement envie de recevoir autant en retour. Et c’est là que ça peut se compliquer, car l’autre n’est pas forcément égoïste ou mal élevé, il a simplement un fonctionnement différent du notre.
- Le fonctionnement en miroir : Pour les gens empathiques, ce que nous faisons pour les autres en étant à l’écoute et en nous adaptant, est en quelque sort le “mode d’emploi” de ce que l’on aimerait également recevoir, comme un guide de la relation. Or beaucoup de personnes ne fonctionnent pas comme ça, en clair pour ces personnes, le fait de ne rien dire est compris comme une acceptation, car elles ne sont pas capables de décrypter vos signaux subtils. On va devoir être plus explicite.
- L’autre n’est pas un puits : Cela nous oblige donc à bien comprendre comment fonctionne l’autre, et à bien choisir à qui nous donnons. Cela oblige à se recentrer sur soi et ses propres besoins, afin de ne pas faire des choses à contrecœur dans l’espoir de recevoir en retour. En réalité c’est lorsqu’on nourrit nos besoins et que l’on prend soin de soi, que l’on a moins d’attente envers l’autre. L’autre n’est pas là pour combler notre vide.
- Communiquer : Lorsque nous acceptons quelque chose pour fait plaisir à l’autre en espérant une contrepartie, nous pouvons tout à fait le lui dire. Même si c’est compliqué lorsqu’on n’en a pas l’habitude, le fait de demander quelque chose à quelqu’un est finalement la meilleure façon de recevoir ce que l’on voudrait en retour. Cet équilibre est néanmoins fragile et dépend de ce que vous espériez et de ce que l’autre accepte ou est capable de vous donner.
- Pourquoi donne t’on autant ? : Lorsqu’on est habitué à un fonctionnement tourné vers les autres, c’est parfois difficile de savoir ce qu’on ressent et ce dont on aurait besoin. C’est là que le besoin d’aider les autres peut nous paraitre plus satisfaisant sur le moment car il nous sort (pour un temps) de nos problèmes. Dans ce cas soutenir l’autre nous rassure sur notre capacité à résoudre des problèmes.
- Accepter : Pour parvenir à gérer nos émotions, nous n’avons pas d’autres choix que d’apprendre à les accueillir telles qu’elles sont, même si c’est parfois douloureux ou très inconfortable. C’est accepter que parce que l’autre est différent, il vit des émotions et a des besoins différents des nôtres. Nous avons le droit de ressentir des choses, d’avoir des envies et des besoins. On doit aussi s’accorder le droit de recevoir ce qu’on nous donne, et se dire qu’on le mérite parce qu’on a de la valeur.
Beaucoup d’hypers connaissent cette situation, à un moment ou à un autre : l’impression qu’on donne énormément aux autres, et que le jour où on aurait besoin soi-même, il n’y a personne pour nous.
Le syndrome du sauveur est évidemment une forme extrême de ce fonctionnement. Mais même lorsque cela reste dans des proportions moins symptomatiques, ça peut mériter réflexion.
Un jeu de vases communicants
Donner et recevoir, normalement, c’est un équilibre, qu’on peut se représenter comme un récipient rempli de liquide ou un compte bancaire : personne ne peut seulement donner, à un moment le réservoir sera vide. Quand les relations sont fluides, cela se passe spontanément de façon équilibrée, chacun(e) s’y retrouve au niveau des réponses à ses besoins.
> Personne ne peut seulement donner
Une relation où l’un donne systématiquement plus que l’autre, est une relation déséquilibrée, et il y a fort à parier qu’elle ne va pas pouvoir durer longtemps de cette manière. Elle n’est satisfaisante ni pour celui (ou celle) qui s’épuise à donner, ni pour celui qui se retrouve en position assistée. A moins que ce ne soit une personnalité manipulatrice, auquel cas on n’est pas non plus dans une situation saine.
Et une personne qui a spontanément tendance à beaucoup donner, peut avoir tendance à retrouver ce schéma de façon répétée et à s’épuiser dans ses relations. Voire en venir à se croire inapte à la vie sociale, ou à avoir l’impression de vivre dans un monde de requins.
Même si nous donnons parce que c’est notre nature et notre envie, nous avons légitimement envie de recevoir aussi quelque chose en retour. Ne serait-ce que la gratitude ou la sympathie de l’autre, ou l’assurance pour nous-mêmes d’avoir bien agi. Sans parler que nous avons aussi nos besoins propres.
Souvent, nous donnons dans le but de nouer ou de renforcer la relation. C’est notre façon de signaler à l’autre que nous avons envie d’être dans une relation d’entraide, de bienveillance. Nous pensons que si quelqu’un a adhéré à notre proposition, il nous rendra la pareille le jour venu, pour nous c’était un peu comme un contrat implicite.
C’est là que les choses peuvent se compliquer, car l’autre ne fonctionne pas forcément comme nous. Non pas parce qu’il est égoïste ou mal élevé, simplement parce qu’on ne lit pas forcément les situations de la même façon.

> « Fais à autrui ce que tu veux qu’on te fasse » : le fonctionnement en miroir
Certaines personnalités empathiques, dont je fais partie, fonctionnent un peu ainsi : ce que nous faisons pour les autres, nous le concevons un peu comme le « mode d’emploi » des relations que nous aimerions avoir dans les deux sens.
En l’occurrence, nous sommes très attentifs à l’autre et nous nous adaptons imperceptiblement, et nous risquons d’être un peu déçus de l’attention qui nous est prêtée en retour (ou justement pas tellement).
Or tout le monde ne fonctionne pas forcément ainsi. Beaucoup de personnes, à l’inverse, essaient, proposent, demandent, et réajustent en fonction de la réaction de l’autre. Et si nous acceptons quelque chose une fois, surtout si nous le faisons sans rien dire, l’autre risque de simplement en déduire que cela nous convient, que c’est notre comportement normal. Si ça nous avait dérangés, on le lui aurait dit, non ?
D’ailleurs inversement, pour les personnes davantage dans l’expression spontanée et qui s’attendent à la même chose en retour, les gens comme moi peuvent également être déconcertants. On vous a déjà dit que vous étiez « mystérieux(se) », « difficile à cerner », voire « fermé(e) » ? Ou même soupçonnés d’hypocrisie ? Alors probablement étiez-vous face à quelqu’un qui n’a pas réussi à décoder vos signaux subtils.

> Alors, donner ou pas ?
La solution est-elle de ne plus rien donner ? Alors certes, « ni donner ni recevoir » n’est pas une situation déséquilibrée ; mais je ne pense pas qu’elle puisse être durablement satisfaisante pour une personne de nature empathique. Ni même possible, car d’une façon ou d’une autre, nous sommes dans des systèmes d’échange ; nous ne vivons pas en autarcie.
En revanche, choisissons à qui nous donnons (et en nous incluant dedans ; quand on a envie de quelque chose, on peut aussi se le donner à soi-même, en geste de bienveillance entre soi et soi !).
Et si quelqu’un nous déçoit, ne réagissons pas en redoublant de bonne volonté à sa place, mais en prenant acte de comment il fonctionne, et en attendant un peu plus la prochaine fois avant de lui proposer quelque chose. Finalement, l’autre nous donne aussi son mode d’emploi !
> L’autre n’est pas là pour combler nos besoins
Atteindre l’équilibre au niveau des besoins de chacun, est plus probable si on a déjà un bon accès à ses propres besoins. Quand on a appris à être très centré sur l’autre, cela n’est pas forcément facile ni spontané.
Normalement, on devrait donner parce qu’on en a envie, faire un cadeau à l’autre (pareil quand on se donne à soi, d’ailleurs !). Quand on est dans l’acceptation à contrecœur de quelque chose qu’on nous demande, nous impose ou qu’on pense devoir faire, on est dans autre chose : dans le service rendu, et qui mérite une contrepartie. Faire la différence entre les deux est un premier pas important.
Le sentiment d’injustice survient généralement lorsque nos propres besoins ne sont pas comblés. Quand on va bien soi-même, c’est plus facile de donner, simplement parce qu’on en a envie. Et on n’a pas d’attente implicite envers l’autre. Notre premier devoir est de pourvoir à nos propres besoins. « Aimer son prochain comme soi-même », c’est aussi s’aimer soi-même autant que son prochain !
Si nous n’arrivons pas à recevoir de la part de nous-mêmes, et/ou si nous ne savons même pas de quoi nous aurions besoin, alors il est peu probable que nous saurons recevoir de la part d’autrui. Et les signaux que nous émettons, risquent de dire cela malgré nous.

Comment trouver plus d’équilibre ?
> Expliciter ce que ça signifie pour nous
Quand nous acceptons quelque chose pour faire plaisir à l’autre, ou que nous espérons une contrepartie, nous pouvons tout à fait le lui signifier verbalement. Cela n’enlève rien à notre geste, au contraire ! « OK, je te fais une fleur, je vais me débrouiller pour cette fois, je vois que c’est important pour toi. On est d’accord que la prochaine fois, je pourrai compter sur toi ? »
(Niveau avancé : avoir déjà une idée de ce que vous pourriez demander en retour !)
De la même façon, on peut aussi expliciter, lorsque c’est le cas, qu’on fait réellement un cadeau et que ça nous fait plaisir ! Nous ne sommes pas obligés de jouer la discrétion telle l’Amélie Poulain du film de Jean-Pierre Jeunet. C’est aussi un geste de bienveillance d’accompagner son cadeau d’un sourire, d’un geste ou de mots affectueux.
Ça vous paraît difficile ? CQFD ! Peut-être ne sommes-nous pas si à l’aise que ça avec nos émotions, et du coup, notre message n’est peut-être pas si clair que ça pour l’autre.
> S’exercer à demander
C’est compliqué de demander quelque chose à quelqu’un ? Bonne nouvelle, ça peut s’apprendre ! Juste pour tester, commencez par quelque chose de simple et sans risque, vous pouvez le faire sur le mode de la question pour commencer. « Est-ce que ça t’ennuierait si … ? »
Vous allez voir, plein de choses passent, et même si la réponse peut être négative, il n’y a aucune raison que ce soit mal pris ! Au contraire, c’est aussi donner à l’autre la chance de vous faire plaisir à son tour. Et en général, quand il le peut, l’être humain aime plutôt faire plaisir.
Un peu comme un exercice de théâtre, demandez votre chemin à quelqu’un dans la rue, ou du sel ou du poivre au restaurant. Juste pour voir ce qui se passe, et trouver une tournure avec laquelle vous êtes à l’aise.
Vous pouvez aussi jouer ces situations devant une glace avec différentes postures et intonations, pour trouver ce qui vous est le plus naturel. Si vous n’avez pas l’habitude, il est normal que ce ne soit pas tout de suite fluide. Raison de plus de vous entraîner !

> Identifier ses propres émotions et besoins
On n’a pas forcément appris à les décoder
Certain(e)s d’entre nous acquièrent des compétences inter-humaines formidables, donnant l’impression d’être à l’aise avec plein de choses, mais finalement un peu comme un rôle. Les psychologues parlent ici du faux self. Avoir un « personnage social » n’est pas un problème, tout le monde le fait plus ou moins ; mais s’il est trop rigide ou prend trop de place, il risque de nous bloquer plus que de nous soutenir.
Souvent ce comportement apparaît chez des personnalités qui ne sont pas à l’aise avec leurs propres émotions, et s’occuper d’autrui est finalement une façon de s’occuper de soi ou de parler de soi. Au lieu d’écouter nos propres besoins et de chercher des réponses, nous allons nous jeter à corps perdu dans l’aide à autrui, ça va nous paraître plus satisfaisant dans l’instant et nous décentrer de nos propres problèmes … sans les résoudre pour autant. Ce fonctionnement peut même devenir un peu addictif. Le risque est de se retrouver un jour face à une accumulation de problèmes non résolus.
D’où vient notre besoin d’aider ?
Si on veut absolument calmer ou aider les autres, on peut se demander qui on aide au juste, et pourquoi.
Cela peut trouver son origine dans le fait que la souffrance de l’autre nous est (ou nous a été) difficilement supportable. On ne se définit pas comme empathes pour rien !
Si dans l’enfance, on a vu nos parents très malheureux, on s’est probablement empressés de vouloir tout faire pour qu’ils ne le soient plus (et d’ailleurs, on s’est probablement demandé si on y était pour quelque chose). Si un membre de notre famille était malade ou avait un handicap, peut-être avons-nous culpabilisé d’être en forme et d’avoir nos propres besoins. Si notre famille nous en demandait beaucoup, nous en avons certainement déduit qu’il est normal d’avoir ce niveau d’exigence.
Ce peuvent également être nos propres émotions qui nous sont insupportables. Aider quelqu’un d’autre nous permet alors de nous rassurer sur notre capacité à résoudre les problèmes (ça peut être une stratégie qui fonctionne tout à fait, écrire des articles c’est ça aussi !). Si nous pouvons aider quelqu’un d’autre, alors nous pouvons aussi nous en sortir nous-mêmes !
Parfois, nous disons à l’autre ce que nous aimerions qu’on nous dise. Ou parfois même, ce que nous ne serions pas en capacité d’entendre si quelqu’un d’autre nous le disait. Il n’y a que nous-mêmes pour nous le dire finalement.
En réalité, nous sommes dans un besoin de maîtrise … et l’antidote à ce besoin, c’est le lâcher-prise, l’acceptation de ce qui est.

> Être dans l’acceptation
Accepter ses émotions et celles de l’autre
On l’a déjà dit dans d’autres articles, la seule façon saine de gérer ses propres émotions passe par leur acceptation. On ne peut pas tenir sur la durée en les occultant, à un moment elles vont forcément venir se rappeler à nous de façon symptomatique.
L’acceptation, c’est aussi accepter que les émotions de l’autre ne soient pas comme les nôtres. Parfois, l’autre n’attend en fait rien de nous. Ou peut-être espérait-il autre chose ! La seule façon de le savoir et d’en avoir le cœur net, c’est de lui poser la question.
Parfois, nous sommes témoins d’une souffrance sans pouvoir la soulager. Parfois, notre présence bienveillante et sans jugement est aussi un soutien. Et parfois, malheureusement, il faut se rendre à l’évidence qu’on ne peut rien de plus dans cette situation. Même si cela génère en nous des émotions pénibles, nous n’avons rien d’autre à faire que d’accueillir celles-ci.
Si nous faisons quelque chose pour autrui, c’est tout à notre honneur, mais nous ne sommes pas responsables de tout ce qui arrive sur la Terre, et il y a – heureusement ou malheureusement ! – beaucoup de choses qui sont plus grandes que nous, en positif comme en négatif.
Accepter de recevoir à notre tour
Accepter de recevoir en disant simplement merci, quand on n’a pas l’habitude ça peut déjà paraître énorme ! Et pourtant, c’est la base d’un échange équilibré. Si on ne permet pas à l’autre de nous faire plaisir ou de nous rendre service, par définition la relation ne peut pas devenir équitable.
Quand on vous fait un compliment, ne répondez pas « ôôôf, c’est trois fois rien cette robe, je l’ai trouvée en solde mais je crois qu’elle est un peu juste … », mais souriez et dites merci ! Quand on vous fait un cadeau, ne dites pas « il ne fallait pas », mais prenez conscience qu’on a fait quelque chose pour vous, parce qu’on avait envie de vous faire plaisir ! Quand on vous propose un service, ne répondez pas non d’office, mais : « c’est gentil, avec plaisir ! » Vous ferez beaucoup plus plaisir à l’autre …
> Penser à soi-même
S’offrir quelque chose, en conscience, un moment pour soi dans la journée, une gourmandise, un bouquet de fleurs. En restant dans les limites du raisonnable, évidemment ; quelque chose qu’on est en mesure d’assumer, mais qu’on ne s’offre pas tout le temps, comme on pourrait l’offrir à quelqu’un d’autre. Prenez-le comme une expérience, ressentez ce que ça fait : je me sens coupable, je ne pense pas le mériter ? Eh bien si, et je me l’offre de bon cœur ! C’est votre droit le plus strict, l’argent ou le temps que vous y consacrez sont à vous !
Quand on s’offre à soi-même et qu’on est moins dans l’attente vis-à-vis d’autrui, on est aussi davantage acteur de sa situation, et en capacité de recevoir de l’extérieur. On entend souvent dans des témoignages : « quand j’ai commencé à m’occuper de moi, il m’est arrivé plus de bonnes choses … ». Cela peut être une interprétation judicieuse de la loi d’attraction : il ne s’agit pas de rêver ou d’espérer passivement quelque chose qui n’arrivera pas, mais de se représenter et d’aller vers ce qu’on désire et qui est possible. Peu importe finalement d’où cela nous vient, si nos besoins sont comblés ! Et si nous arrivons déjà à l’accepter de nous-mêmes, il est plus probable que nous l’accepterons aussi de la part d’autrui.

Vidéo : Pourquoi on ne reçoit pas toujours autant qu’on donne ?
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