Familles, je vous hais… me !

🦥En bref : ce que vous allez découvrir ici

  1. La famille nous conditionne : L’éducation n’est pas neutre et ce qui se passe dans notre milieu familial nous servira de référence, comme une espèce de “normalité”, y compris au sein d’’une famille dysfonctionnelle. A tel point même qu’on a parfois du mal à s’imaginer que ça puisse se dérouler autrement ailleurs. Parvenir à se défaire de ces conditionnements ne peut pas se faire du jour au lendemain, c’est un processus long et difficile.
  2. Une identité dans la famille : Suivant la date et l’ordre de naissance, le prénom ou son sexe, on aura une place différente dans la famille. Certes c’est une place qui peut être amenée à évoluer au fur et à mesure que l’on grandit, mais quoi qu’il arrive elle a tout de même existé. Et même si pour beaucoup la famille est un cadre aimant et sécurisant, pour d’autres c’est un univers toxique dont il convient de se protéger.
  3. Se donner le droit d’être : Quand les choses ne se passent pas bien, on garde souvent un sentiment d’insécurité et même d’illégitimité. On peut se sentir comme un imposteur, y compris en voulant réaliser des actions qui nous font du bien. Inutile dans ce cas d’attendre une quelconque validation familiale qui ne viendra pas, on sera bien obligé de s’accorder à nous-même le droit de vivre la vie qui nous convient.
  4. Les thérapies familiales : Il existe des outils comme la constellation familiale ou le génogramme qui consistent à représenter visuellement sa famille , afin d’aider à prendre conscience de ce que s’y joue. Les thérapies familiales ou de couple ont pour intérêt de créer une médiation entre des personnes qui ne se comprennent pas ou plus.
  5. Se détacher si besoin : En tant qu’adulte autonomes, on ne doit plus rien à sa famille (en dehors des obligations légales). Cela signifie que l’on peut prendre des décisions que nos proches désapprouvent ou simplement qu’ils n’auraient pas prises. Et il y a des chances qu’à leur tour nos enfants en fassent autant, et c’est finalement plutôt bon signe.

Pour nombre d’entre nous, la famille est un refuge, un espace de sécurité, synonyme de bonheur et de liens sincères. Pour d’autres, c’est plus compliqué, et même si ce ressenti n’est pas rare et a ses raisons, il peut être difficile socialement de l’assumer.

Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, qu’on cultive ses liens ou qu’on s’en distancie, notre famille fait partie de notre vie. Je vous invite aujourd’hui à un petit tour d’horizon autour de la famille et de son influence dans nos vies.

famille sensibilité

La famille est un système

On ne vit pas en autarcie, on est toujours membre de différents systèmes. La famille dans laquelle nous naissons est le premier de ces systèmes, et celui qui restera un peu la matrice de référence des interactions que nous aurons par la suite.

> Notre famille nous conditionne

Ce qu’on y a appris depuis notre premier jour, c’est ce qu’on va par la suite ressentir et présupposer comme étant « la normalité » ; c’est vrai pour des éléments conscients comme la façon de communiquer, les valeurs, ce qui est permis ou interdit …, mais aussi pour des éléments dont on a moins conscience ou qui ne sont pas explicités.

Ce mécanisme est normal, il n’a rien de pathologique en soi : on ne peut pas être neutre, on ne peut pas ne rien transmettre. On transmet forcément quelque chose. Et même si on a le souci scrupuleux de ne pas influencer son enfant, de lui laisser un maximum de portes ouvertes, alors on lui transmettra que ceci est une valeur importante.

Spontanément, on s’attend à ce que les choses soient pareilles ailleurs, et dans le cas contraire, c’est un apprentissage. C’est d’ailleurs ce qui est pernicieux lorsqu’on a grandi dans une famille dysfonctionnelle, notamment si certaines choses sont tenues secrètes : on pense qu’on ne peut pas en parler ailleurs non plus, on n’a même pas forcément conscience qu’il y aurait quelque chose à dire.

Pour prendre un exemple extrême, les enfants victimes de violences ou d’abus sexuels, découvrent parfois tardivement et avec étonnement que les autres enfants ne subissent pas la même chose. Mais c’est vrai aussi pour les secrets de famille, les comportements et rôles sociaux … toutes choses qu’on nous a toujours présentées comme allant de soi, et qu’on ne nous a pas appris à interroger.

Même en le sachant intellectuellement, j’ai mis très longtemps à vraiment réaliser tout ce qui peut être différent d’une famille à l’autre, d’une histoire de vie à l’autre ; et en vrai il y a très peu de choses qui ne le peuvent pas.

Il n’est pas possible de se défaire de ses conditionnements du jour au lendemain. C’est sans doute aussi ce qui rend difficile pour certains d’accepter des changements dans la société, même s’ils sont inoffensifs en soi ou ne les concernent pas directement, parce que « ça a toujours été comme ça » et que ça nous demande un effort intellectuel de nous représenter autre chose, surtout si c’est totalement nouveau pour nous.

la famille nous conditionne - hypersensible

> Une relation amenée à toujours évoluer

Enfant, on s’adapte à ce que nos parents font ou demandent, et on part du principe que c’est ce qu’il faut faire, que ce sont eux qui ont toutes les réponses : c’est normal puisque nous dépendons d’eux, nous n’avons pas encore l’autonomie suffisante pour nous représenter autre chose et subsister sans eux. De leur côté, les parents s’adaptent progressivement à nos apprentissages et laissent plus d’indépendance tout en gardant une certaine vigilance.

C’est en principe à l’adolescence qu’on commence à mesurer que nos parents sont des personnes parmi d’autres, avec leurs façons d’être, leurs qualités et défauts. A partir de là, peuvent s’instaurer progressivement des relations d’adulte à adulte, qui ont de moins en moins un caractère éducatif. On peut remettre en question les croyances et comportements de ses parents, développer ses propres habitudes qui peuvent être différentes.

Pour beaucoup de nous, qu’on soit l’enfant ou le parent d’ailleurs, cela n’est toutefois jamais simple, même à l’âge adulte. Quel parent n’a jamais dit « quelque part, ce sera toujours mon bébé » ? En fait, face à nos enfants, ou face à nos parents, le positionnement n’est jamais figé, il est amené à changer tout au long de la vie. Tout simplement parce que soi-même, on n’est pas la même personne tout au long de notre vie. Et pourtant, on ressent aussi le besoin d’avoir une assise, une identité stable et des liens stables.

Quand on vient d’une famille dysfonctionnelle, c’est un apprentissage de découvrir qu’il existe des endroits où c’est autrement, et d’intégrer des façons alternatives de faire. C’est ce qui peut malheureusement nous faire tendre à nous retrouver dans les mêmes schémas, même lorsqu’on l’a identifié et qu’on a envie d’en sortir. Notre comportement peut rester celui qui correspond à notre place antérieure, et attirer du coup les profils complémentaires. Si par exemple, on a toujours été dans une position de soumission à autrui, parce que nos parents ne nous ont jamais permis d’expérimenter autre chose, il faut un travail de fond pour arriver à adopter des comportements qui signalent désormais qu’on s’affirme, et se sentir légitime en le faisant. Dans de tels cas, un accompagnement professionnel peut être utile.

> La famille nous propose une identité

Dans ce système, on a une place attitrée. Notre date et ordre de naissance, les prénoms et noms qui nous ont été donnés, les circonstances, projets et espoirs qui ont entouré notre arrivée au monde … ne sont pas neutres et nous façonnent.

Notre place ne sera pas la même si on est la première, le dernier, la seule, si notre arrivée a été longuement attendue ou n’était pas prévue du tout, si juste avant nous un bébé est décédé, si notre prénom est aussi celui de la grand-mère la plus excentrique ou de l’oncle qui a eu une vie exemplaire, etc.

Nous pouvons choisir de changer des choses, mais c’est une décision que nous prenons, cela n’annule pas le fait qu’il a existé autre chose avant.

Et puis il y a la place qu’on occupe de fait, qui s’impose à nous dans la réalité vécue.

Souvent, la personne la plus sensible se sent « le mouton noir » de la famille, dans le sens où elle a une originalité et/ou une fragilité que les autres ne partagent pas. Il arrive qu’elle endosse le symptôme, comme symboliquement, pour l’ensemble de la famille : tout le monde sait que quelque chose ne va pas, mais c’est elle qui va tomber malade plutôt que quelqu’un d’autre.

Et même si ces identités-là ne sont matérialisées d’aucune façon, il est très difficile de les faire bouger.

Idéalement, les choses se goupillent de façon harmonieuse, et heureusement, pour beaucoup d’entre nous, la famille reste un élément de protection, un havre de paix même à l’âge adulte. Toutefois, aucune famille n’est malheureusement à l’abri de traverser des moments difficiles, notamment dans des moments comme les deuils, les départs, les changements … et pour certain(e)s, la famille peut être carrément toxique et nécessiter qu’on s’en protège.

famille nous propose une identité

Quand ça ne se passe pas bien …

> Se donner la permission d’être comme on est

Il est difficile de vivre sa vie si on n’a pas, d’une certaine façon, « l’aval » de sa famille ; dans ce cas, on garde souvent plus ou moins un sentiment d’insécurité ou d’illégitimité.

Quand on a une famille toxique qui nous déprécie quoi qu’on fasse, on aura probablement du mal à se dire qu’on est ok comme on est, même lorsqu’on fait des choses totalement légitimes et correctes. On ressentira peut-être toujours le besoin de convaincre les autres de notre valeur, parce que soi-même on peine à y croire : ça peut se traduire par le syndrome de l’imposteur.

Cela peut aussi être le cas si on décide de changer quelque chose dans notre vie et que cela heurte les croyances que les membres de la famille ont sur nous. Cette gêne peut être temporaire, le temps que les autres se rendent compte que tout se passe bien.

Et pourtant, si notre famille n’en est pas capable, on est obligé de se donner soi-même cette validation à un moment. On peut avoir tendance à la rechercher à l’extérieur de soi, de la part d’autrui, mais à un moment on est obligé d’y croire soi-même malgré tout, ne serait-ce que pour repérer, écouter et croire ceux qui croient en nous.

A l’âge adulte, la seule personne responsable de nous, c’est nous-même. On ne peut pas changer son histoire, mais on peut décider de ce qu’on souhaite désormais en faire. Car si on reste dans la rancune ou le sentiment de fatalité, on reste sous son emprise.

Si le passé a été douloureux, s’il y a eu des actes malveillants, faut-il pardonner ? C’est sans doute un idéal souhaitable : cela veut dire que les choses ne nous touchent plus. Mais on ne peut réellement pardonner que si on y est prêt(e), cela ne se décide pas par un simple effort de volonté. Tant que des douleurs existent, elles méritent d’abord qu’on s’en occupe.

se donner le droit d'être - hypersensibilité et famille

> Les thérapies centrées sur la famille

Les thérapies familiales ou de couple

Ici, on vous reçoit ensemble : chacun(e) entend tout ce qui est dit. Cela peut prendre la forme d’une sorte de médiation : la tierce personne va garantir le respect de la parole de chacun. Même en l’absence de conflit particulier, la famille peut avoir un rôle à jouer dans la mise en place de nouveaux comportements, ou d’une attention à certaines choses, et il peut être utile de se mettre d’accord sur une base commune.

Souvent, cela se fait aussi dans les psychothérapies d’enfants, au moins la première fois. Il ne s’agit pas simplement de voir l’enfant, de constater et de traiter ses difficultés comme s’il vivait en autonomie, mais aussi de prendre en compte le système qui l’entoure. Car de fait, il compose tous les jours avec celui-ci (d’ailleurs, en général, ce sont les parents qui demandent l’intervention, donc il est normal qu’ils puissent s’en expliquer !). Et si un changement est nécessaire, un enfant ne sera probablement pas en position et en capacité de l’initier seul, surtout si son entourage familial n’y adhère pas, voire y résiste.

Il existe également des psychothérapies individuelles qui étudient le contexte familial, et qui ne nécessitent pas la présence effective des autres membres de la famille.

La constellation familiale

Développée dans les années 1990 par le psychothérapeute allemand Bert Hellinger, cette pratique consiste à représenter physiquement sa famille (ou tout autre système d’ailleurs) comme une sorte de tableau humain. Elle se pratique généralement en groupe, sur une journée par exemple, chacun(e) passant à tour de rôle et faisant appel aux autres pour représenter les personnes requises. C’est ce mode de représentation, et le vécu des figurants, qui va mettre en évidence ce qui est confortable ou non, et permettre d’expérimenter ce qui peut être modifié. Les personnes qui ont pratiqué cette méthode témoignent souvent d’une sensation de prise de conscience sur un plan profond, émotionnel et non seulement intellectuel, y compris d’ailleurs lorsqu’on ne fait que figurer pour les autres : un peu comme par magie, sans chercher à interpréter les choses, à un moment on finit par tomber juste, et tout prend sa place.

Le génogramme

Utilisé par les thérapeutes du courant systémique, le génogramme est une sorte d’arbre généalogique : une représentation graphique de la famille avec quelques données schématiques (dates, liens, événements particuliers). Ici aussi, la représentation visuelle et le regard d’une autre personne, permettent des prises de conscience, par exemple de motifs qui se répètent au sein d’une fratrie ou sur plusieurs générations.

Ces outils sont précieux, même dans une démarche strictement personnelle, pour arriver à identifier tout ce qui peut nous animer malgré nous, et du coup à envisager des fonctionnements différents.

Si on est curieux(se), même sans aller voir un thérapeute, il est déjà instructif de faire tout simplement son génogramme spontanément, puis le regarder avec distance. Qui a-t-on mis au milieu, sur le côté ou oublié ? A quoi le résultat nous fait-il penser, a-t-il une forme particulière … ? Quelles données connaît-on ou ne connaît-on pas, et pourquoi ? D’une façon ou d’une autre, il nous dira forcément quelque chose de nous !

les thérapies familiales

> Se détacher

En tant qu’adulte autonome, on ne doit rien à sa famille (sinon potentiellement une obligation alimentaire en cas de réelle nécessité matérielle ; et s’ils ont besoin d’aide ou de soins, on peut tout à fait déléguer cette tâche à d’autres, sans pour autant les abandonner dans le besoin). Bien sûr, si on est en bons termes et qu’on a envie de maintenir des liens étroits, c’est chouette et on a raison d’en profiter ! Mais dans le cas contraire, rien ne nous y oblige. Cette pensée reste pourtant contre-intuitive.

De façon un peu provocatrice, le couple de thérapeutes Marie-France et Emmanuel Ballet de Coquereaumont ont intitulé Vos parents ne sont plus vos parents, un petit livre salutaire qui nous invite à réajuster nos liens à l’âge adulte, à se positionner à hauteur égale et non plus dans une position infantile.

On peut prendre des décisions pour nous que nos parents n’auraient pas prises (et nos enfants feront aussi des choses que nous n’aurions pas faites !). On peut ne pas s’entendre avec eux, on peut couper les ponts si c’est nécessaire, on peut choisir de partager certaines choses et pas d’autres, on peut s’installer à distance.

Si on en ressent le besoin, on peut marquer cette décision d’un rituel, comme celui des bonshommes allumettes dont on coupe symboliquement les liens, ou écrire une lettre et la brûler. Cela est possible en l’absence de la personne et même si elle est décédée, car il s’agit avant tout d’imprimer le détachement en nous-mêmes, sur un plan émotionnel et non seulement intellectuel.

Comme dit la chanson, « on n’choisit pas ses parents, on n’choisit pas sa famille » … On peut tomber plus ou moins bien (et certains courants de pensée affirment que notre âme choisit bel et bien), on tombe forcément quelque part. Mais bonne nouvelle, à l’âge adulte, on peut choisir ce qu’on désire en faire, et aussi ce qu’on souhaite transmettre à notre tour. Car l’histoire ne s’arrête pas avec nous, elle continue, et nous en sommes partie prenante !

se détacher de sa famille

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