Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? Pourquoi les attentes secrètes ne sont pas bonnes pour une relation

On vous donne souvent des astuces pour qu’une relation fonctionne. Mais qu’est-ce qui détruit une relation à coup sûr ? Les ardoises, les espoirs d’évolution, les objectifs thérapeutiques sont des poisons redoutables, derrière une apparence souvent positive et bienveillante.

Ce titre en clin d’œil pour vous dire : si on a besoin d’attendre quelque chose, si ce n’est pas possible d’être heureux de la relation, là maintenant tout de suite, comme c’est et malgré ce qui peut être imparfait, alors il est peu probable que l’état souhaité arrive un jour. (Même si bien sûr, il peut exister des contre-exemples heureux et tant mieux !)

Ca fait plusieurs fois que je parle « d’ardoises » dans les relations, voilà qui méritait bien un article en propre.

qu'est ce qu'on attend pour être heureux, les attentes dans un couple

Attendre que quelque chose change

Tout n’est pas parfait …

A la base d’une relation, il est bien normal que tout ne soit pas parfait tout de suite – et spoiler : ça ne le devient pas, être humain c’est être imparfait. Si on n’osait pas se lancer, à un moment, dans des relations où tout n’est pas au vert immédiatement, ou pas comme on aurait imaginé, on risquerait fort de rester célibataire. Parfois l’amour nous frappe à un moment où on ne l’attendait pas du tout, on aurait voulu que ça se passe autrement … mais c’est comme ça, et le propre de l’amour, c’est qu’on a quand même envie de prendre !

Faire des projets et les réaliser ensemble sont un ciment pour le couple (qu’ils soient communs ou individuels d’ailleurs : la croissance de l’un(e) mérite d’être aussi un point positif pour l’autre). Se soutenir face à ce que l’un ou l’autre rencontre, être deux pour attaquer les problèmes existants, ou les relativiser en développant de nouvelles priorités ensemble, c’est également une preuve d’engagement et de solidité.

Pour autant, il n’y a pas de relation sans un sentiment positif de base, l’envie de prendre ce qui viendra avec cette personne, même si on ne peut pas complètement savoir de quoi demain sera fait. Que ce soit là dès les premiers instants, ou que cette évidence nous apparaisse à un autre moment. Ca doit être un ressenti présent, pas une projection, et même si on aimerait légitimement que cette fois, ce soit la bonne … ne nous vendons pas quelque chose qui n’existe que dans notre imagination. Si ça arrive tout seul à un moment, tant mieux, tous les coups de foudre ne sont pas instantanés. Mais admettons que nous n’avons pas de pouvoir sur le fait que ça va venir ou non. Si ça n’y est pas, il est possible que ça n’advienne pas par la suite non plus, quoi que nous entreprenions pour réunir les meilleures conditions.

… Mais l’amour ne vient pas de l’amélioration

« Ca ira mieux quand … » est un refrain très différent. Quand on vivra ensemble, quand les conditions économiques seront meilleures, quand on aura un enfant, quand tel problème sera résolu, etc. Et bien sûr, on le souhaite de tout cœur à toutes les personnes qui avancent comme elles peuvent malgré des situations compliquées.

Mais l’amour, la satisfaction à être ensemble, doit être un plus, quelles que soient les conditions. L’amour n’est pas quelque chose qui se mérite quand on a assez trimé. Il doit être ce qui nous fait du bien de toute façon, ce qui nous donne de la force même dans les situations difficiles, pas l’effet recherché. De la même façon, décider d’attendre un meilleur moment ultérieur pour se mettre ensemble (typiquement quand on n’a pas encore réussi à sortir d’une relation précédente), est rarement de bon augure.

Quand l’amour est lié à un objectif, il est en réalité conditionné. Et s’il n’est pas déjà là, il n’arrivera pas de toutes pièces. Ce qui peut arriver, ce sont de meilleures conditions de vie, de la tranquillité, des perspectives chouettes … et tant mieux, ce sont des éléments importants dans une vie.

Ce qui peut arriver aussi, c’est que quand on travaille à s’offrir de meilleures conditions de vie à soi-même, on soit ensuite dans de meilleures dispositions pour faire de belles rencontres.

Quand l’attente devient un secret

« Mon compagnon est distant, est-ce que sur la durée il peut devenir plus amoureux ? » est une variante de l’attente d’amélioration (possible au féminin également bien sûr, ou avec un autre défaut). Evidemment, on encouragerait cette personne à exprimer son besoin de manifestations d’affection, et si le compagnon y tient, on peut espérer qu’il fera des efforts (ou pourquoi pas, qu’il puisse de son côté exprimer en quoi cela ne lui correspond pas et permettre à l’autre de mieux l’accepter).

Notre partenaire n’existe que comme il (ou elle) est réellement. Si malgré ses qualités, quelque chose nous met en souffrance et qu’il est impossible de trouver un terrain d’entente, il y a fort à parier que cette relation ne fonctionnera pas (et même, que cela cache probablement d’autres incompatibilités).

Repérer une difficulté, en discuter ensemble et avoir envie d’y travailler conjointement est une chose, ça peut souder un couple qui va se réjouir ensemble des progrès. Faire des plans pour l’autre, même bienveillants, dans un coin de sa tête sans pouvoir le lui dire, en est une autre. Ce n’est probablement pas pour rien si ça paraît inimaginable d’en parler en vrai. On risque de se retrouver devant un secret ; et un secret, ça ne rassemble pas, au contraire, ça divise.

Les objectifs thérapeutiques

Notre empathie nous connecte à autrui

Pour beaucoup d’entre nous, les hypers, ça peut même être le déclencheur d’une relation : Une fragilité, une situation difficile que l’autre traverse, touche notre empathie. Parfois cela permet un échange profond qui n’aurait pas eu lieu autrement. Il nous fait immédiatement percevoir l’autre comme sensible, à l’inverse des échanges lisses et un peu interchangeables qu’on peut avoir sur une appli de rencontres, où tout le monde se montre sous son meilleur jour sans trop se mouiller. Et il arrive que la situation de l’autre résonne singulièrement avec la nôtre, qu’on se découvre des points communs signifiants (cela peut arriver quand les deux se définissent comme hypersensibles). On a alors vite fait de catégoriser le trouble ressenti comme de l’amour … et il arrive que ça donne effectivement de belles histoires !

La difficulté commence là où cette vision l’emporte sur les autres aspects, a fortiori quand on se met en tête de vouloir aider l’autre à aller mieux, même s’il ou elle n’a jamais exprimé ce souhait. Si on est soi-même dans une démarche d’aller mieux, on a vite fait de vouloir faire profiter l’autre de nos lumières et de projeter nos besoins sur lui ou elle. On glisse alors d’une relation d’adulte à adulte, vers une forme de dépendance, même si ce n’est pas notre intention.

« Je ne veux que ton bien … rien que pour moi ! » ironisent les systémiciens face à cette emprise qui ne dit pas son nom. Et qui peut malheureusement aussi se retourner contre nous.

Ce qui pourrait être

Certaines personnalités hyper, notamment celles dites « intuitives », ont spontanément tendance à voir des potentiels, à se projeter et à imaginer ce que cela pourrait devenir, parfois à très longue échéance. Ce qu’on a vite oublié dans ce cas, c’est que ce n’est qu’une possibilité, et que là encore, on est en train de faire des objectifs pour les deux (parfois, le syndrome du sauveur n’est pas loin !). Il est possible que l’objectif de l’autre ne soit pas du tout le même, et que l’évolution soit différente que ce qu’on escomptait.

Face à une personne en souffrance, parfois on ne veut pas passer à côté de quelque chose qu’on devine pouvoir être chouette, même lorsque l’autre n’y adhère pas immédiatement. On peut se convaincre soi-même que ça nous convient, que l’amour pour cette personne est le plus important, ou que c’est toujours mieux que la solitude. Parfois aussi, c’est une manière de vouloir attacher l’autre à nous en espérant recevoir la même chose en retour, ou que cela fera grandir ses sentiments ; surtout quand on manque d’estime de soi et pense devoir apporter quelque chose à l’autre pour mériter son amour. On peut même tirer une fierté pour soi-même, de cette abnégation ou de ce dépassement de soi. Bref, beaucoup de raisons peuvent nous pousser à rester dans une relation malgré ce qu’elle nous coûte.

A ce compte, on atterrit souvent dans des relations qui n’en sont pas, en acceptant des conditions qui ne nous conviennent pas. Combien d’entre nous finissent dans des relations malheureuses avec quelqu’un qui ne divorcera jamais, qui restera un sexfriend ou qui, après une relation pansement, nous annoncera un jour avoir vraiment rencontré la bonne personne ?

Une thérapie n’est pas une relation, une relation n’est pas une thérapie

Même si parfois, dans de belles histoires, on entend cette idée que la relation nous a permis de nous améliorer, de devenir une meilleure personne ou une personne plus heureuse. Si cela arrive, c’est super ! Et il est vrai qu’on peut grandir ensemble dans une relation, s’en nourrir et s’en réjouir tous les deux.

J’ai bien dit : tous (ou toutes) les deux. Dans le cas contraire, on est dans un déséquilibre. Être systématiquement celui ou celle qui aide l’autre (sachant qu’on ne parle pas de quelqu’un qui est objectivement malade ou touché par un handicap), c’est se mettre dans une position haute.

Pour les psys, une règle absolue est de ne pas démarrer de relation avec quelqu’un qu’on suit, et de ne pas prendre en suivi quelqu’un qu’on connaît par ailleurs. Ce sont deux choses différentes et c’est ce qui garantit le bon fonctionnement de l’accompagnement. Une thérapie se contractualise et se rétribue (du moins symboliquement via l’assurance maladie ou un autre organisme public) : c’est ce qui permet de ne rien se devoir d’autre.

Vouloir aller mieux et travailler sur soi-même est une démarche personnelle. Et il faut aussi pouvoir entendre que quelqu’un n’est pas dans cette démarche en ce moment (une psy doit l’entendre aussi, elle n’a pas de baguette magique pour ce cas). On peut l’y encourager, évidemment, mais une thérapie ne se fait pas à l’insu de l’intéressé. S’il a envie de faire une thérapie, il s’en donnera les moyens, et dans un lieu de consultation. Si elle n’en a pas envie, il faut que la relation reste acceptable tout de même, ou alors elle n’a de toute façon plus lieu d’être.

Parfois, dans une relation compliquée, la thérapie est amenée comme un engagement (« on reste ensemble à condition que tu fasses une thérapie »). Ca aussi, ça marche quand l’intéressé(e) y adhère ; mieux encore en définissant l’objectif de celle-ci, et en quoi il va permettre aux deux d’améliorer leur vie commune. Dans une thérapie de couple, la première étape est de clarifier les attentes de chaque partie et de trouver une proposition de travail qui convienne aux deux. Si un échange de cet ordre n’est pas possible, l’engagement risque de rester de façade, et de donner lieu à une ardoise.

Si l’un(e) est dans un projet ou une attente et l’autre non, alors la conclusion pourra être qu’il n’y a pas d’avenir commun. Non pas comme une punition, mais parce que les attendus des deux sont tout simplement trop différents. Et finalement, se séparer peut être une fin plus saine que de rester indéfiniment dans une relation insatisfaisante.

Les ardoises

Ceci n’est pas un cadeau

Là où il y a de la négociation, du don et du contre-don (ou justement pas), le problème est que d’une façon ou d’une autre, on crée une ardoise. Même si on le fait de bon cœur, le jour viendra où l’on s’entendra dire : « Après tout ce que j’ai fait pour toi … ».

L’ardoise est le contraire d’un cadeau fait avec plaisir, c’est un sacrifice qui en appelle d’autres. Elle est née d’un besoin, pas d’un partage.

Si la relation n’était pas une « récompense » en soi, si les vraies attentes restent en suspens, si dans notre tête on se dit « je reste mais … », une part de nous restera sur un scénario de sacrifice/récompense. On garde dans un coin de la tête tout ce qu’on a donné, et quand bien même l’autre finirait par mordre à l’hameçon et souscrire à la relation, il est peu probable qu’on reçoive ce qu’on espérait.

Une fois ouverte, l’ardoise n’a pas de date de fin

En thérapie contextuelle, le concept d’ardoise pivotante rend compte du fait que l’ardoise une fois présente, peut tout à fait changer d’émetteur et de destinataire : elle restera toujours « dans la pièce ». On reste dans un jeu de négociation plus ou moins explicite, là où il ne devrait y avoir que du plaisir à être ensemble ; l’insatisfaction, la peur que ça retombe, le non-dit planent toujours au-dessus.

Après un « cadeau thérapeutique », même si on a réussi à apprivoiser l’autre. On n’est pas face à une personne qui va désormais bien, mais face à une personne qui aura toujours besoin de nous, et qui attendra de nous qu’on continue à donner la même chose. Celui ou celle qui va s’épuiser à maintenir ce standard, ou qui va finir par décevoir le jour où l’envie n’est plus là, ça va toujours être nous.

Dans un autre sens, ce peut aussi être la personne qui a beaucoup donné, qui répugnera d’autant plus à partir malgré son insatisfaction, interprétera le moindre changement comme le signe que cette fois c’est la bonne, et refermera le piège sur elle-même, pendant que l’autre n’aura strictement rien vu. Plus on a investi dans quelque chose, moins on arrive à s’en détacher (c’est le même mécanisme qui nous fait rester devant un mauvais film parce qu’on a payé l’entrée). C’est un travail que de renoncer à l’espoir d’une récompense de plus en plus hypothétique, de reconnaître qu’on a donné pour rien. Et d’accepter de lâcher définitivement ce qu’on y a laissé.

Ceci n’était pas une relation non plus

Au moment où on prend conscience de ces mécanismes, on se rend compte qu’on était dans une illusion de part et d’autre : en laissant croire qu’on pourra toujours autant donner / en idéalisant ce qui se passera une fois notre objectif atteint. Finalement, à aucun moment, on n’aura été vraiment en relation, d’une personne réelle à une personne réelle. Il y aura toujours eu une part de non-dit et ça dit bien ce que ça dit : la confiance n’était pas totale, tout n’était pas réuni pour que ce soit possible.

S’il y a une séparation au bout, ce sera davantage celle d’une illusion, de quelque chose qu’on espérait et qui n’a jamais existé réellement, que d’une relation heureuse.

Comment éviter de tomber dans ce fonctionnement ?

Être lucide sur la réalité

Être ensemble « pour le meilleur et pour le pire » ce n’est pas supporter des situations relationnelles difficiles en serrant les dents pour avoir droit au meilleur un jour en échange, mais s’aimer quoi qu’il arrive. Et si ce n’est pas le cas, il faut arriver à le reconnaître, même si ça ne fait pas plaisir. L’envie de faire face ensemble, même à ce qui peut être compliqué (et encore mieux si ça ne l’est pas), doit être partagée. Si chacun(e) fait ses projets à l’insu de l’autre ou les accepte à contrecœur, il est peu probable que ça marche.

Reconnaître ses besoins, ses ressentis, n’est pas de l’égoïsme, ni condamné à ne jamais coller. Bien sûr, tout ne fonctionne pas avec tout le monde … mais ce n’est pas l’objectif, après tout : l’objectif est de trouver la personne avec qui ça fonctionnera. Au contraire, connaître et exprimer ses besoins, ce qu’on a à offrir et ce qu’on ne promet pas, permet de mieux cibler ses rencontres, de se mettre d’accord et de ne pas perdre de temps en cas d’incompatibilité.

Communiquer, encore et toujours

On le dit souvent, quand on est en couple, la communication est indispensable. Pouvoir tout exprimer sans crainte, c’est signe que la confiance fonctionne, et pour le coup, ça peut être un cadeau inespéré et un réel prédicteur de solidité. Parfois, il faut faire de premières expériences pour se rendre compte que ce n’était pas si compliqué ! Surtout quand on a connu des expériences négatives. Et c’est alors une réelle satisfaction de constater que l’autre comprend et prend en compte nos besoins.

Il ne s’agit pas de ne plus rien s’offrir ou de ne plus faire de projets, mais surtout d’en discuter. Quand on concède quelque chose en espérant un retour, quand on désire changer quelque chose, il est possible de le dire, comme ça tout est clair pour tout le monde. L’autre peut accepter, refuser ou proposer autre chose. Il (ou elle) ne signe pas un contrat dont il ignore la moitié des termes. Même si la réponse ne nous plaît pas, au moins on ne perd pas de temps dans une illusion. Et bien évidemment, on peut aussi dire quand quelque chose nous plaît et qu’on en redemande !

Communiquer avec l’autre c’est difficile, laborieux, énergivore ? Impossible sans déployer des trésors de stratégie ? Alors là aussi, c’est déjà un signe d’alerte. Peut-être sur la relation ou sur l’autre ; peut-être aussi sur soi-même : ça arrive dans une vie de ne pas être prêt(e), que ce ne soit pas le moment de s’engager. Une relation heureuse, c’est une relation où on peut tout se dire, où c’est (globalement) fluide, où les deux ont envie que ça marche : c’est même à ça qu’on la reconnaît. Si vous êtes seul(e) à tout porter, à faire des efforts pour que l’autre puisse comprendre ou accepter votre propos, à freiner vos envies, et qu’il ne vient rien en retour, alors vous êtes en présence manifeste d’un déséquilibre.

Le bonheur ne se commande pas

« Parfois, on a tout pour être heureux, il ne manque que le bonheur » (écrit Robert Sabatier). Et parfois, on fait avec ce qu’on peut, et ça fonctionne, tout simplement parce que les deux y vont avec le cœur. Le bonheur, l’amour, la joie, le partage sont des émotions, elles sont là ou pas, ça n’a rien de compliqué en effet, pourvu qu’on s’écoute soi-même et qu’on ne cherche pas à se vendre autre chose, à soi-même ou à l’autre.

Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? Si vous êtes heureux(ses) ensemble, alors profitez, ça doit être le premier critère ! Et si vous avez vraiment l’envie partagée que ça dure, alors faites-vous confiance pour trouver des solutions aux problèmes matériels ou organisationnels. Il n’y a aucune raison !

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