Quand l’empathie déborde : ce que vivent (vraiment) les hypersensibles

Hypersensible empathique

🦥En bref, ce que vous allez découvrir ici

  1. Quand l’empathie déborde : Chez les hypersensibles, l’empathie peut être une force mais aussi quelque chose de fatigant. Tous les hypersensibles ne sont pas empathiques, et certaines personnes non hypersensibles peuvent être très empathiques également. C’est en tout cas une qualité précieuse dans les relations, mais tout le monde n’en a pas la même définition, ce qui peut créer des malentendus.
  2. Deux formes d’empathie : L’empathie cognitive consiste à comprendre ce que vit l’autre sans absorber son émotion. Elle permet de se mettre à sa place, tout en restant à une bonne distance intérieure. L’empathie émotionnelle, plus fréquente chez les hypersensibles, nous fait ressentir l’émotion de l’autre jusque dans son propre corps parfois. Cette empathie émotionnelle peut parfois déborder et devenir envahissante.
  3. Le problème de « l’éponge émotionnelle » : Lorsque l’empathie émotionnelle est trop forte, on finit par porter des émotions et des problèmes qui ne sont pas les nôtres. Cela peut mener au syndrome du sauveur et à une fatigue profonde. Beaucoup d’hypersensibles se reconnaissent dans cette impression de tout absorber, parfois au point de s’oublier eux-mêmes. d’où l’importance de poser des limites à son empathie.
  4. L’hypervigilance émotionnelle : Les hypersensibles repèrent les ambiances, les micro-expressions, les variations de ton sans parfois même s’en rendre compte. Cet espèce de radar détecte en continu les signaux émotionnels, ce qui explique pourquoi certaines émotions nous touchent autant. Mais ce fonctionnement peut devenir épuisant si aucune frontière n’est posée.
  5. Apprendre à poser des limites : Le vrai cap à passer, c’est de parvenir à reconnaître que les émotions de l’autre ne nous appartiennent pas. Et qu’on peut être présent, écouter, comprendre, sans se charger de ce qui ne relève pas de nous. L’écoute et la présence suffisent souvent. L’empathie est alors une qualité de présence qui est là pour aider à entretenir le lien avec l’autre, sans devenir une source de souffrance.
  6. L’empathie n’est pas toujours ce qu’elle semble être : Parfois, parce qu’on a pas su mettre une limite à notre empathie, on peut confondre notre propre vécu avec celui des autres, ou projeter nos peurs sans s’en rendre compte. Il arrive aussi que certaines personnes sur-empathiques le font inconsciemment pour être aimées en retour, ou pour éviter les conflits. Pour autant l’empathie c’est ce qui permet de créer un lien authentique avec les autres, ce quelque chose qui fait de nous des humains.

L’empathie est un des signes de l’hypersensibilité, un de ceux qu’on remarque le plus, mais c’est évidement loin d’être le seul. Surtout qu’il faut bien avoir en tête que ce n’est pas systématique, et que certains hypersensibles ne sont pas spécialement empathiques.

Il se trouve aussi que des personnes non hypersensibles peuvent tout à fait être empathiques. Tout cela a une importance, notamment si on se pose la question de savoir si se mettre (ou non) en couple avec un(e) hypersensible est une bonne idée.

Au delà de cette question du couple, on voit bien que l’empathie est une qualité qui est souvent recherchée dans les relations humaines.

Souvent lorsqu’on est soi-même empathe, on a naturellement envie qu’on le soit pour nous également. Pas parce qu’on a des attentes, ou des injonctions envers l’autre, mais en se comportant de façon empathique, c’est comme si on écrivait une espèce de « mode d’emploi » de la relation.

Malheureusement peu de personnes fonctionnent ainsi, pas parce qu’elles ne seraient pas empathiques, mais parce qu’elles ont le besoin que les choses soient dites afin d’être comprises. Mais on en reparlera plus loin dans l’article.

Des pays comme le Danemark ont mis en place des cours d’empathie à l’école, afin de lutter contre le harcèlement scolaire. Parce qu’ils partent du principe que si on se connait mieux et qu’on apprend à faire attention à ce que vit l’autre, la violence diminue.

Et finalement c’est quelque chose qui semble totalement logique.

Attention néanmoins à ne pas confondre l’empathie avec la bienveillance, car même si bien souvent les deux sont liés, ça n’est pas tout à fait la même chose. Un empathe ne sera pas systématiquement bienveillant, d’ailleurs c’est quoi exactement une personne empathique ?

quand l'empathie déborde chez les hypersensibles

Qu’est-ce que l’empathie exactement ?

> L’empathie cognitive

On va déjà essayer d’y voir clair en sachant de quoi on parle.

L’empathie c’est cette qualité, une capacité que l’on peut avoir à se mettre à la place de l’autre. Il y a une expression que j’aime bien pour définir l’empathie c’est « venir se placer sur la colline de l’autre », comme l’explique cette illustration de l’apprentie girafe.

empathie aller sur la colline de l'autre
empathie apprentie girafe

L’empathie c’est ce qui permet de voir les choses et les événements du point de vue de l’autre, de son point de vue à elle ou à lui.

Avec ce type d’empathie là, on reste extérieur à l’autre tout en étant connecté. En réalité on parvient à comprendre ou à s’imaginer comprendre ce que l’autre vit, et on capte parfois son émotion.

On parvient à se mettre à la place de l’autre, sans pour autant prendre sa charge émotionnelle. C’est ce que l’on nomme de l’empathie cognitive.

> L’empathie émotionnelle et le risque que ça déborde

Et puis il y a l’empathie émotionnelle (ou affective), qui peut souvent concerner les hypersensibles. C’est cette capacité à ressentir l’émotion de l’autre, jusqu’à les sentir dans son corps parfois.

Cela n’est absolument pas une mauvaise chose d’ailleurs, parce que cela nous permet de « sentir » les émotions des autres. A la condition néanmoins que ça ne déborde pas.

Ce n’est d’ailleurs pas qu’une impression : des études d’imagerie cérébrale montrent que chez les personnes hautement sensibles, des zones liées à l’empathie, à la reconnaissance des émotions et à l’intégration sensorielle sont nettement plus actives lorsque ces personnes perçoivent des émotions chez autrui, qu’il s’agisse de visage d’un proche ou d’un étranger.

empathie cognitive et émotionnelle

Et lorsque l’empathie émotionnelle est excessive, c’est quand on se retrouve à vivre toutes les émotions que vivent l’autre, à les traverser également. A vouloir même prendre sur notre dos cette charge émotionnelle et la charge de problèmes qui ne sont pas les autres.

Et c’est logique, car comme on ne fait plus une distinction claire entre que l’on ressent nous et ce que ressent l’autre. et que l’on se sent inconfortable, mal ; alors on ressent le besoin d’essayer d’y faire quelque chose.

Alors on se met parfois en tête que l’on est comme investi d’une mission, et c’est ce qui peut nous faire rapidement basculer vers le syndrome du sauveur, et dans une relation qui sera de toute façon déséquilibrée. Où l’on finira par s’épuiser à vouloir sauver ou guérir l’autre, alors même qu’il ou elle ne nous demande rien.

Mais c’est sûrement parce que dans le fond et en se mettant à sa place, c’est probablement ce qu’on aurait voulu nous. Il faut dire aussi qu’on est beaucoup d’hypersensibles à être des espèces d' »éponge émotionnelle ».

éponge émotionnelle

> L’hypervigilance émotionnelle

En tant qu’hypersensible, on a souvent une espèce de radar, qui fait qu’on arrive à ressentir l’atmosphère de la pièce dans laquelle on vient de rentrer. Qui fait aussi, comme on le disait dans le chapitre précédent, que l’on parvient à ressentir l’émotion que peut ressentir l’autre, jusqu’à la ressentir nous-même.

On repère sans forcément en avoir conscience, les détails, les micro-expression notamment le langage non verbal, et le ton de la voix. On sentira aussi si la personne n’est pas tout à fait comme d’habitude ou s’il y a de la tension dans la pièce où on se trouve.

Bref, on est souvent en capacité de détecter les signaux émotionnels des autres, parce qu’on a une espèce de radar qui fonctionne un peu trop bien. Et finalement quand on y réfléchit, on comprend que cette empathie est davantage émotionnelle. Elle vient de notre hypervigilance, de notre capacité à détecter les émotions des autres.

Et c’est là qu’il faut essayer de parvenir à fixer des limites claires à son empathie, en faisant en sorte qu’elle ne vous porte pas préjudice.

hypervigilance émotionnelle

Essayer les frontières émotionnelles

> Ça ne m’appartient pas

Souvent en tant qu’hypersensible on s’imagine que vivre les émotions de façon intense, comme quelque chose de normal. Et que l’on na pas d’autres choix que d’accepter de vivre des émotions qui parfois nous débordent, et que l’on se sente parfois comme surchargé.

En fait on a tendance à avoir intégré cette croyance que l’on est comme ça, et qu’on ne changera pas.

Et en un sens c’est vrai, cette hyperémotivité fait partie de nous, de qui on est, comme notre capacité à détecter l’émotion de quelqu’un. Pour autant rien ne nous obligé à accepter d’avoir une empathie débordante, à accepter de devoir vivre toutes ces émotions.

Déjà, et c’est sans doute cela le plus important. Cela commence par le fait de prendre conscience qu’il s’agit des émotions et des pensées des autres, et non des siennes.

Les émotions que vit l’autre, y compris négatives comme la peur ou la tristesse, lui appartiennent. Nous n’y sommes évidemment pour rien, nous n’avons pas non plus pour devoir de les prendre en charge pour l’autre.

> L’écoute et la présence suffisent

C’est de l’écoute et d’une présence rassurante, dont a besoin quelqu’un qui partage avec vous ce qu’elle ressent. Bien-sûr vous sentez les émotions que la personne vit, ça peut vous en faire ressentir également et c’est bien normal, mais ce ne sont pas les vôtres.

Dans ce cas-là, on se rapproche sans doute davantage de l’empathie cognitive dont je parlais un peu plus haut. On parvient à être en empathie avec l’autre, à essayer de le comprendre en se mettant à sa place, sans pour autant « absorber » ses émotions et ses problèmes.

Parce qu’on parvient à fixer cette limite, cette frontière entre ce qui appartient à l’autre personne et ce qui nous appartient à nous.

Le but dans tout ça, et c’est pas forcément simple d’y parvenir lorsqu’on n’en a pas l’habitude, c’est de parvenir à être à l’écoute et présent pour l’autre, sans que cela nous coûte, sans que l’on ait besoin de « prendre sur soi ». Si on devait le résumer en quelques mots, c’est le fait d’aider et d’avoir d’aider sans pour autant se sacrifier.

Le fait de poser cette frontière ne casse absolument pas la connexion, au contraire ça la rend d’autant plus saine. Cela permet que votre empathie ne devienne pas quelque chose de douloureux voire épuisant, ce que l’on nomme en psychologie la « détresse empathique ».

poser des frontières émotionnelles à l'empathie

> l’empathie n’est pas toujours ce qu’on croit

Parce que l’empathie est une qualité assez valorisante, on peut être tenté de se l’attribuer parfois à tort ou à raison.

On a vu un peu plus haut que même si notre empathie au niveau émotionnel est tout à fait sincère, elle vient d’une capacité à détecter et à ressentir ce que vivent les autres. Et on a aussi vu qu’il est important de parvenir à poser des limites à cette empathie, pour ne pas qu’elle nous fasse souffrir.

Mais c’est valable dans l’autre sens également, car cela permet de ne pas se mettre à confondre nos émotions avec celle des autres. De ne pas se retrouver à projeter chez les autres, nos propres peurs ou notre propre façon de voir les choses.

Les relations humaines entre les personnes humaines, sont bien plus complexes et sont rarement autant « tout noir ou tout blanc » que la représentation qu’en ont les gens.

Et quelqu’un qui se positionne en empathie voire en sur-empathie vis-à-vis des autres, peut aussi avoir pour but d’être aimé en retour. C’est le problème que vivent les personnes peuvent être sujettes à la dépendance affective, et qui pensent devoir faire énormément pour recevoir de l’amour en retour.

On en parlait dans l’introduction, mais l’empathie est différente de la bienveillance et n’oblige pas à « être gentil ».

Chercher à comprendre l’autre, même quand il fonctionne différemment ou nous blesse parfois, est une démarche louable. Néanmoins cela ne nous oblige absolument pas à nous montrer bienveillant vis-à-vis d’une personne qui nous manquerait de respect par exemple.

Au contraire, on est en droit d’attendre des autres le fait qu’ils nous respectent.

Parfois pour certaines personnes (dont je fais partie), il est préférable d’essayer de comprendre ce que fait la personne, mais sans être d’accord avec ce qu’elle fait, plutôt que d’entrer en conflit avec elle. Cette peur et cette volonté d’éviter les conflits est une constante chez pas mal d’hypersensibles, soucieux de créer des relations harmonieuses.

Et finalement peu importe d’où nous vient cette empathie, l’essentiel c’est qu’elle ne fasse souffrir personne, qu’elle crée du lien et mette de l’humain là où il y a tendance à en manquer. On a besoin d’humain.

empathie n'est pas ce qu'on croit

Références scientifiques :

Auteur/autrice

  • Hypersensible moi-même, j’ai créé ce site pour accompagner celles et ceux qui se sentent souvent “trop” ou toujours en décalage. Je dis "chocolatine" aussi 😉

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