
Quand on me demande quelle est la plus grande leçon de vie que je pense avoir apprise à ce jour, l’image qui me vient n’est pas celle d’un cours de psycho magistral ni d’un événement marquant, mais celle d’une heure de conduite. Pour suivre spontanément la route, m’a expliqué le moniteur, il faut regarder là où tu veux aller. Si tu as peur de te prendre l’arbre et que tu le fixes, tu vas aller dans l’arbre. Pour l’éviter et prendre correctement le virage, il faut regarder la sortie du virage.
Pourquoi je vous parle de conduite ? Parce que ça m’a frappée comme une métaphore de toute volonté humaine. Je l’ai appliquée, depuis, à de nombreuses autres situations et elle ne s’est jamais démentie.
Souvent, une situation difficile pour nous, c’est une situation où on est assailli de toutes sortes de stimuli, de données, d’émotions, de pensées entre lesquelles il est difficile de se retrouver. C’est trop, c’est compliqué de partout, on a l’impression qu’on ne va jamais en sortir. Même quand on a des idées, il y a toujours un « oui mais » pour nous arrêter aussitôt. Et l’anxiété a tendance à s’auto-alimenter.
Quand on est dans cette situation, il est important de porter son attention sur les objectifs et les ressources.
La pollution mentale et les croyances négatives
Pour mon moi jeune, ne pas fixer l’arbre était une pensée totalement contre-intuitive. Pour moi, il fallait surtout éviter le danger. De façon générale, j’avais alors plutôt tendance à penser que si j’étais trop optimiste, inévitablement la vie allait me punir et me faire déchanter. De là à penser qu’il faut souffrir pour être récompensé(e), il n’y a qu’un pas !
> La pollution mentale
Vous êtes comme moi, du genre à vous débarrasser toujours en premier de ce que vous n’aimez pas ? C’est une stratégie qui en vaut une autre, mais vous avez remarqué ? Si on tire sur le fil, il y en a toujours, de plus en plus.
On peut même se retrouver dans une sorte d’addiction, à avoir toujours un dernier truc à faire, à se demander si on n’a rien oublié (eh oui, les addictions ne portent pas forcément sur des choses agréables !)
Le monde du travail et le perfectionnisme personnel peuvent contribuer à nous faire glisser dans ce fonctionnement. Le risque est de garder la tête dans le guidon et dans les tâches ingrates, de ne jamais en voir le bout et de ne finalement jamais arriver au moment où l’on pourrait passer aux choses plus gratifiantes. (Et pendant ce temps, notre collègue Julie s’est saisie du projet le plus sympa et a récolté tous les lauriers. Décidément !)
Dans le même ordre d’idées, on attend souvent un moment propice pour changer quelque chose. Tout sera différent quand on sera grand(e) / à la belle saison / une fois tel problème réglé / quand les enfants seront grands / à la retraite … Ce sont finalement des raisons qu’on se trouve pour ne pas agir. Cela ne veut pas dire qu’il faut foncer tête baissée dans le premier projet venu, mais s’autoriser à être dans l’ici et maintenant, plutôt que dans des fantasmes dont on se doute au fond qu’ils vont le rester.
On reste dans une logique de récompense / punition qui n’a rien de rationnel, là où ce qui devrait importer dans une pensée adulte et responsable, c’est l’objectif, le but recherché, où on veut en venir et comment on peut s’y prendre.
> Les croyances négatives
Dans les histoires de fiction et la sagesse populaire, c’est plutôt un scénario fréquent : notre culture veut qu’on soit récompensé(e) une fois qu’on s’est démené(e) et a souffert en bonne et due forme. Cendrillon doit trimer et se laisser humilier avant de devenir une princesse. Dans une comédie romantique, l’héroïne va finir par faire succomber le collègue grincheux (c’est un hypersensible, pour sûr !) plutôt que le banal voisin bien sous tous rapports. Parfois, le syndrome du sauveur n’est pas loin !
Alors évidemment, il y a une consolation à se dire que de bonnes surprises sont toujours possibles, surtout quand on se trouve effectivement dans une situation difficile. Mais à pousser ce raisonnement trop loin, on risque de se laisser gouverner par ses peurs et de se retrouver dans des boucles négatives. Car bien souvent, lorsqu’on est trop dans l’anticipation anxieuse, on finit, je vous le donne en mille … une fois de plus exactement là où on ne voulait pas.
Les psychologues systémiciens ont identifié ce mécanisme et le nomment « prédiction qui se réalise » (ou prophétie auto-réalisatrice).
Pour filer la métaphore de la conduite, on pourrait se cramponner à son volant et avoir la sensation d’éviter des dangers à chaque obstacle. On va rester dans une navigation à vue, inconfortable et anxiogène (ce que la conduite a effectivement été longtemps pour moi). Tout à notre peur, on risque même d’oublier où on allait, et de rater la bonne sortie, ou de la rattraper in extremis en se faisant une belle frayeur. Pendant ce temps, une autre personne pourrait faire la même route de façon détendue bien calée dans son siège et la trouver toute simple, parce que peu importe ce qu’il y a autour, elle s’est contentée de regarder la route.
L’inconscient ne connaît pas la négation
La psychologie nous enseigne que l’inconscient ne connaît pas la négation. On n’achèterait pas une lessive qui annoncerait : « Avec XYZ, votre linge ne sera plus sale ! » C’est un peu le même mécanisme qui est en jeu quand on se dit par exemple : « Pourvu que je ne tombe pas encore une fois sur une arnaque ! »
Si je vous dis de ne surtout pas penser à la couleur de vos chaussettes, c’est ballot, à quoi vous venez de penser ? Ah là là, je vous avais prévenus pourtant. Alors qu’il y avait une infinité d’autres choses dont j’aurais pu vous parler, et il ne vous serait pas venu de penser à vos chaussettes. Tant qu’on ne visualise pas ce qu’on veut à la place, on reste paradoxalement fixé sur ce qu’on ne veut pas. Et sur le moindre élément qui pourrait confirmer notre peur : on avait bien eu raison de se méfier.
Quand on travaille avec des personnes touchées par des maladies de la mémoire, on apprend qu’il est extrêmement difficile de leur faire comprendre ce qu’elles ne doivent pas faire : ne pas pousser cette porte, par exemple ! A coup sûr, la personne va se sentir brimée, s’agacer et s’accrocher à la porte. Alors qu’il est beaucoup plus simple de lui demander de faire autre chose à la place : en l’occurrence, se tourner et aller en face. Surtout si au bout du couloir, tiens, regardez, il y a quelqu’un qui vous attend !
Mais pourquoi pense-t-on à ce qu’on ne veut pas ?
Le sentiment que je vois derrière cela, c’est la peur. On se focalise sur ce qui pourrait arriver de négatif ; on ne se fait pas confiance, ou on ne fait pas confiance à la vie, pour que cela se passe à peu près comme on voudrait. Cela n’empêche pas que les risques existent et qu’il faut s’en prémunir au possible. Mais nourrir la peur tend à mener à l’immobilité, et à l’augmenter dans le temps (et ne résout rien pour autant). « La peur n’évite pas le danger », comme disaient nos grands-parents !
Visualiser les ressources
Vous connaissez l’histoire amérindienne des deux loups ? Un grand-père raconte à son petit-fils : en chacun de nous, deux loups se battent férocement. L’un est profondément bon, il représente l’amour, la joie, la douceur. L’autre est constitué de nos doutes, nos peurs, il est agressif et méchant. Seul un des deux peut gagner et éliminer l’autre.
Lequel va l’emporter, demande le garçon ? Et le grand-père répond : Celui que tu nourris.
Imaginons ce que pourrait être la démarche inverse ! Qu’y a-t-il de positif dans notre vie ? Profitons-en, cultivons-le ! Centrer son regard sur ce qui nous inspire, ce dont nous avons envie, ce qui est facile pour nous. Même si ça ne fait pas un projet opérationnel, ça peut devenir une direction. Si vous n’avez pas de projets particuliers, commencez par les petites choses que vous aimez. Qu’est-ce qui vous fait du bien ? Avec qui vous aimez passer du temps ? Si vous pouviez ajouter quelque chose d’agréable à votre vie, qu’est-ce que ce serait ? Comment pourriez-vous faire pour développer ces choses, leur donner plus de place dans votre vie ?
C’est également le principe du « journal de gratitude« , ou pour les personnes attirées par la spiritualité, des prières de gratitude : non pas demander ce qui nous manque, mais remercier pour ce qui existe déjà.
On a tou(te)s des ressources, des choses qui nous sont plus faciles ou nous plaisent plus que d’autres. En clair, on est fait(e)s pour ça, et si ça peut marcher comme ça, on n’a aucune raison de se contraindre à rentrer dans un moule différent. Ni de mérite à se farcir précisément les autres, qui correspondent peut-être aux facilités naturelles de quelqu’un d’autre.
De la même manière, repérer des ressources, ce peut être repérer les personnes ou les outils qui peuvent nous aider dans des domaines où on en a besoin.
Si on veut pousser l’idée un peu plus loin, on peut parler de visualisation ou d’intention. Les exercices de visualisation consistent à se représenter, activement, dans tous les détails, ce vers quoi on veut tendre ou ce qui nous fait du bien. Il ne s’agit pas de s’aveugler à la réalité, ni de faire un plan de A à Z à suivre impérativement, mais d’ouvrir la porte à des pensées et émotions qui nous inspirent, et de les renforcer dans le temps. Plus vous ouvrez cette perspective, plus vos projets s’enrichiront, plus vous vous ouvrirez à de nouvelles possibilités, et plus vous serez prêt(e) à reconnaître et à accepter les opportunités qui se présenteront à vous dans la réalité.
Ce que tu penses, tu le deviens.
Ce que tu ressens, tu l’attires.
Ce que tu imagines, tu le crées.
Bouddha
🦥Le paresseux voudrait vous dire un petit mot (rien d'obligatoire)
Si cet article vous a aidé, vous pouvez soutenir notre travail en nous offrant un café (virtuel)☕ de 2 € ou du montant de votre choix, ça nous encourage pour continuer à créer du contenu gratuit et de qualité, merci ❤️
Je participe !



