
« Une personne de mon entourage a fait ceci ou cela. Elle se dit pourtant hypersensible ! Est-ce possible ? » Sur les groupes, c’est une question qui revient assez régulièrement.
Alors oui : même si certains comportements sont moins probables ou moins fréquents, tous restent possibles pour tout le monde. Cela dépend beaucoup des situations aussi.
Et parfois, nous-mêmes, devons aussi accepter de passer pour le méchant ou la méchante aux yeux de quelqu’un d’autre. Car il n’y a pas d’un côté les gens méchants, et de l’autre côté les gentils. Les relations humaines sont plus compliquées que cela !
🦥En bref : ce que vous allez découvrir ici
- Hypersensible et méchant, est-ce possible ? Être hypersensible n’empêche pas d’avoir des comportements que d’autres jugeront « méchants ». Nous pouvons tous, un jour, décevoir, dire non, nous mettre en colère ou blesser quelqu’un. Découvrir son hypersensibilité ne veut pas dire qu’on sera toujours « gentil » : chacun la vit à sa façon, selon son histoire, son caractère et ses singularités. Être hypersensible ne fait pas de nous des clones, mais des individus uniques.
- Nous ne sommes pas nos comportements : Un mot de travers, une réaction malheureuse… cela arrive à tout le monde. Mais un comportement ponctuel ne définit pas une personne entière. Réduire les autres (ou soi-même) à « gentil » ou « méchant » enferme dans des rôles, alors que la réalité est beaucoup plus nuancée.
- Tout est relatif : Un même acte peut sembler généreux pour l’un, égoïste pour l’autre. Et même si certains comportements sont clairement malveillants et destinés à faire du mal, la réalité est souvent plus complexe. « Gentil » et « méchant » sont souvent des jugements relatifs, qui peuvent changer selon le regard de chacun.
- On a tous déjà été le méchant de quelqu’un : Dans certaines situations, quoi qu’on fasse, on devient forcément le « mauvais » aux yeux d’autrui : une rupture, un refus, une décision qui bouscule. Cela ne signifie pas qu’on agit mal, mais qu’il faut parfois accepter ce rôle, au moins temporairement, pour rester fidèle à soi.
- Nos croyances et celles des autres : Parfois, les autres nous prêtent des intentions que nous n’avons pas. C’est le jeu des projections, où l’on peut se retrouver sans le vouloir à projeter nos expériences passées et nos croyances sur les autres. Et il n’est pas toujours possible de corriger cette image : on ne contrôle pas le regard que chacun porte sur nous.
- Quand la souffrance prend le dessus : Face à un traumatisme, le psychisme peut se protéger par une réaction d’insensibilité momentanée, mais cela ne signifie pas perdre sa sensibilité profonde. Ce qui aide, c’est d’apprendre à prendre du recul, à traverser les émotions et à trouver des façons plus adaptées de réagir.
Il y a autant d’hypersensibilités que de personnes
Quand on se découvre hyper, on est souvent tenté, pendant un temps du moins, d’en faire une grille de lecture en réponse à toutes les interrogations. Si quelqu’un nous est sympathique, ça doit être qu’il est hyper. Ou inversement : si on a du mal avec quelqu’un, ça doit être qu’elle ne l’est pas. Alors ça peut être le cas, mais ce n’est pas une règle générale.
Même si tous les hypers ont des points communs, tout le monde ne définit pas « hypersensible » de la même façon que nous. D’un côté, il y a dans l’hypersensibilité de nombreux aspects (émotionnels, sensoriels …) et nous n’avons pas tous les mêmes. De l’autre côté, nous sommes également le « résultat » de nos prédispositions naturelles, notre histoire, nos traits de caractère, de potentiels autres atypismes … il existe de multiples façons de caractériser une personnalité humaine, personne n’est « uniquement » hypersensible.
Toutes les personnes hypersensibles ne sont donc pas des copier-coller de nous, et ce n’est pas une question d’être quelqu’un de gentil ou de méchant, simplement de différent.
Sans compter évidemment que quelqu’un de manipulateur, ou de tout simplement ignorant, peut tout à fait se dire (ou se croire) hypersensible. Ça reste un mot dont chacun peut faire l’usage qu’il entend.
Bref, l’estampille « hypersensible » ne garantit pas la bonne foi, ni que la personne ne fera jamais rien qui sera négatif pour quelqu’un d’autre. D’ailleurs ce n’est pas possible. Dans certaines situations, même la personne la mieux intentionnée et la plus bienveillante peut faire quelque chose que quelqu’un d’autre vivra mal. Se mettre en colère, dire non, être de mauvaise humeur ou indisponible, être pris dans un conflit de loyautés, ça arrive à tout le monde, et c’est naturel.

Nous ne sommes pas nos comportements
> Ne nous enfermons pas dans un rôle
Le problème de désigner des personnes comme « gentilles » ou « méchantes » est de se retrouver avec des étiquettes et dans des rôles qui s’auto-valident, et singulièrement dans le triangle de Karpman : victime, bourreau, sauveur. Et une fois qu’on est dans un de ces rôles, ou qu’on y a mis quelqu’un d’autre, il est très difficile d’en ressortir.
La position de gentille victime innocente est sans doute confortable et avantageuse pour la conscience, mais elle attire logiquement des comportements de persécuteur ou de sauveur en laissant peu de place pour autre chose. Toute personne qui arrive en face, risque de n’avoir guère d’autre choix que d’endosser un des deux rôles (ou de passer de l’un à l’autre). « Si vous n’êtes pas pour moi, alors vous êtes contre moi ! »
La réalité est souvent plus complexe, et même si cette pensée peut nous être inconfortable, c’est dans cette complexité que se situe notre marge de manœuvre.
> Notre comportement du moment n’est que notre comportement du moment
Que celui ou celle qui n’a jamais eu une parole malheureuse ou une réaction intempestive, jette la première pierre ! Et de la même façon, n’oublions pas que la personne en face de nous peut être dans un mauvais moment.
Même si nous avons parfois des comportements dont nous ne sommes pas fiers, nous ne sommes pas notre comportement et autrui non plus. Si nous nous méfions de quiconque nous rencontrons, au premier comportement qui ne nous plaît pas, nous risquons malheureusement de passer à côté de beaucoup de monde.
Et inversement, même quelqu’un que nous aimons, peut avoir à un moment un comportement qui nous irrite ou nous déçoit. Cela ne veut pas dire que cette personne est manipulatrice et nous ment depuis le début, simplement qu’elle est différente de nous et qu’à cet instant on est dans des énergies, pensées, aspirations … différentes.
Personne n’est 100% « gentil », même quelqu’un qui aspire foncièrement à l’harmonie ou à bien faire ; et inversement, personne n’est totalement dépourvu de sensibilité ni de bonne volonté non plus. Tout comme l’intelligence, ce sont des traits que tout le monde possède à des degrés divers, et non pas que certains ont et d’autres pas. Ici, il s’agit d’ailleurs plus souvent d’émotions du moment, comme la compassion, la colère ou la peur, que de traits de caractère.
Et d’abord, si on voulait définir exhaustivement ce que serait une personne ou une action « gentille », on se retrouverait assez vite en difficulté.

> Tout est relatif
Si certains comportements peuvent clairement se qualifier de « gentils » ou de « méchants », pour d’autres c’est beaucoup plus mitigé.
Quand Robin des Bois vole certaines personnes pour donner à d’autres, est-il gentil ou méchant ? Quand nous refusons à un enfant malade une gourmandise qui ne lui ferait pas de bien, sommes-nous gentils ou méchants ? Quand on ment à un proche pour lui épargner une émotion triste, est-ce gentil ou méchant ? Quand nous dénonçons quelqu’un qui a commis un acte illégal, sommes-nous gentils ou méchants, et est-ce différent selon l’acte commis ? Vous avez quatre heures !
« Gentil » et « méchant » sont des jugements. Ils sont portés du point de vue d’une personne (relatifs). Un comportement « gentil » pour une personne peut être « méchant » pour une autre. Ce qui est de l’honnêteté pour l’un peut être de l’égocentrisme ou de la brutalité pour l’autre ; ce qui est de la gentillesse pour l’une peut être de l’hypocrisie pour l’autre. Ce qui fait du bien à une personne peut faire du mal à une autre.
Même la personne qui fait quelque chose de « méchant », d’agressif, de déplaisant, le fait probablement pour une raison, et pas seulement pour le plaisir de faire du mal (à moins d’être dans la perversion caractérisée). Cela n’excuse rien et ne sous-entend pas qu’il faille laisser faire, mais cela apporte des nuances et aide à comprendre ce qui se joue. Derrière beaucoup de comportements agressifs, il y a le besoin ressenti de se défendre ou de défendre quelque chose, le sentiment de ne pas avoir d’autre choix pour combler un besoin impératif ou mettre fin à une situation insupportable.
Tout le monde fait ce qu’il estime être le mieux dans une situation donnée. Parfois on fait comme on peut sans pouvoir éviter des dégâts collatéraux.

On a tous déjà été le méchant de quelqu’un
> « Lequel de nous deux est toxique ? »
« Toxique » fait également partie de ces étiquettes bien confortables qui, dans une situation compliquée, peuvent donner l’illusion de tout expliquer. Et du coup, on le voit fleurir un peu à toutes les sauces. Mon conjoint est-il toxique, auquel cas j’aurai raison de partir ? Se peut-il que je sois toxique sans le savoir ? Peut-on être hyper et toxique ?
Il existe des individus dont le comportement peut directement se qualifier de toxique, dont les fameux pervers narcissiques et autres manipulateurs, qui ont d’ailleurs pour point commun d’avoir l’intention de nuire.
En revanche, il existe aussi des situations toxiques, ou simplement qui ne conviennent pas ou plus. Quand une relation se passe mal, ce n’est pas nécessairement parce que l’un ou l’autre est toxique, c’est souvent tout simplement parce que les besoins des deux membres du couple ne coïncident pas ou ne sont pas satisfaits. Cela génère des émotions négatives, comme de la jalousie, de l’injustice ou de la colère ; et du coup des situations inconfortables, qui font probablement du mal aux deux protagonistes. Pour autant, personne n’est en faute, et même si les deux auraient aimé que ça se passe autrement, l’objectif va surtout être de modifier cette situation ou d’en sortir. Et c’est un but légitime en soi.
> Nous sommes responsables de nos actes
Même si nous aimerions pouvoir coexister en paix et ne jamais faire de mal à une mouche, la réalité ne nous le permet pas tout le temps. Quoi qu’on fasse pour l’éviter, il y a des situations où on n’a pas d’autre choix que d’être le méchant de quelqu’un.
Un exemple extrême pourrait être la guerre (et malheureusement l’actualité nous rappelle qu’il ne suffit pas de la rejeter pour être à l’abri). Mais je pense même tout simplement aux ressources de la planète et aux écosystèmes : pour vivre, on prend / consomme nécessairement. On peut faire de son mieux pour agir en conscience et abîmer les ressources le moins possible, mais il serait illusoire de penser qu’on puisse totalement faire sans.
Typiquement, quand on quitte quelqu’un (et même si ce quelqu’un ne mérite pas autre chose), il est probable que cette personne en souffrira et nous en voudra, du moins pendant un temps. C’est d’ailleurs ce qui peut maintenir certaines personnes très empathiques dans des relations malheureuses : tant que l’autre ne validera pas leur décision, elles n’arriveront pas à la prendre de leur côté. Or il est bien évident que si l’autre est un manipulateur, ou simplement s’il a une puissante blessure d’abandon ou une autre raison de redouter la solitude, il ne donnera jamais son aval à une séparation.
Ici, il faut donc prendre son courage à deux mains et accepter d’être, au moins temporairement, le méchant ou la méchante dans l’histoire. C’est à nous-mêmes de croire malgré tout en ce que l’on fait, et de savoir en nous-mêmes que c’est la bonne décision.
La même chose peut être vraie dans des situations de concurrence, entre collègues pour un même poste de travail par exemple, ou de changement, par exemple quand on prend une décision contre les valeurs ou souhaits de notre famille. Ou tout simplement quand on n’est pas en mesure de donner à quelqu’un ce qu’il désirerait. Quand on habite dans une grande ville où on est souvent alpagué par des mendiants ou par les streeters de multiples associations, on est bien obligé d’admettre qu’on ne peut pas donner à tous, et le cas échéant, de le leur faire comprendre.
Oui, l’autrice de ces lignes a déjà acheté des choses dans le commerce parce que c’était moins difficile que d’affronter la déception de la vendeuse ! Pour autant, on est bien d’accord que dans ce cas, on n’est pas content de soi non plus (ça peut être à soi-même qu’on manque de respect). Apprendre à dire non est une compétence élémentaire et nécessaire !

> Nos croyances négatives et celles des autres
Tout comme nous-mêmes pouvons avoir des croyances négatives sur les autres, quelqu’un peut aussi avoir des croyances négatives sur nous, sans que nous y soyons forcément pour quelque chose.
Les psychologues connaissent un phénomène nommé « transfert » : la personne qui arrive en thérapie et ne nous connaît pas, va tout de même construire dans sa tête une représentation de nous. Celle-ci se fonde sur ce qu’elle a appris de ses interactions précédentes, et notamment les premières avec sa famille (parents, fratrie …). Dans notre métier, c’est un outil de travail, qui nous donne des informations sur le fonctionnement spontané et les croyances de la personne.
Mais même dans la vie de tous les jours, nous pouvons rencontrer des personnes qui croient des choses fausses sur nous, et il n’est pas toujours possible de rétablir la vérité.
Combien d’hommes connaissent cette situation : dans la vie de tous les jours, vous rencontrez une femme et vous vous comportez de façon aimable sans arrière-pensée ; et à un moment, vous sentez de la méfiance : elle se demande quelles sont vos intentions derrière, car elle a malheureusement l’habitude que ce soit souvent le cas.

Quand la souffrance l’emporte
> Peut-on devenir insensible ?
Cette question, on la trouve aussi sur les groupes. Un événement traumatique peut-il nous rendre insensibles ? Ou peut-on décider de « s’endurcir » (ou dans une bonne intention, endurcir quelqu’un d’autre, son enfant par exemple) ?
Devant des situations difficiles, le psychisme dispose de divers mécanismes de défense : tout ce qu’il va pouvoir mettre en place pour traverser la situation en prenant le moins de dommages possible. C’est naturel et sain, surtout s’il arrive à en faire un usage équilibré, c’est-à-dire ne pas se bloquer dessus, recourir à des stratégies adaptées et différenciées selon les moments.
Face à un traumatisme, il est possible d’avoir une réaction d’insensibilité momentanée (même d’anesthésie physique d’ailleurs), parce qu’à ce moment il s’agit déjà de survivre. Pour autant, il ne serait ni naturel ni souhaitable d’être toujours dans cet état.
Ce qu’on peut apprendre, c’est prendre plus de recul, se laisser traverser par ses émotions et les laisser partir. On peut aussi s’exercer à gérer de façon plus appropriée les situations qui nous mettent en difficulté de façon répétée ; comme on le fait dans une thérapie cognitivo-comportementale (TCC).
> Les troubles psychiatriques ne sont pas une perte de sensibilité, ni d’intelligence
Si l’hypersensibilité ne prédispose pas aux troubles psychiatriques, et n’en est pas un, en revanche les deux peuvent tout à fait coexister. De nombreuses personnes souffrant de troubles psychiatriques sont hypersensibles (de la même façon, elles peuvent avoir une intelligence normale ou supérieure à la moyenne). L’acuité sensorielle, émotionnelle et intellectuelle peut ajouter à la souffrance et l’alimenter.
La décompensation psychiatrique fait partie des réactions que l’on peut avoir face à une situation traumatique ou un enchaînement de situations traumatiques. Quelque chose en nous peut « mourir » pour que le reste de l’organisme puisse survivre. Quand on travaille avec des personnes atteintes de maladies de la mémoire, il est fréquent également de trouver des événements déclencheurs, face auxquels le psychisme n’a pas trouvé d’autre réaction possible que d’appuyer sur « pause » et de ne plus rien enregistrer.
Un personnage comme Joker nous touche précisément parce qu’il est aussi sensible. Peut-être que quelqu’un de « bête et discipliné » aurait mieux supporté sa situation ou se serait mieux intégré socialement. Aurait-il eu raison ? Le débat est ouvert …

Hypersensibilité et méchanceté
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