Dans la vie, il y a les victoires éclatantes, les succès visibles et qui font l’unanimité dans notre entourage. Et il y a les petites victoires, les petits pas en avant, les réussites dont nous sommes seul(e) à avoir conscience, ou que nous ne percevons même pas nous-mêmes comme telles. Cela n’enlève rien à leur valeur.
Mettre en place de nouvelles stratégies pour résoudre un problème ou changer une habitude, c’est souvent sortir de sa zone de confort, et c’est souvent un entraînement. Chaque pas compte, aucun ne se fait sans ceux qui ont précédé. On peut vite se décourager, avoir l’impression de ne pas avancer ou d’avoir échoué. Même quand objectivement, on va dans le bon sens.
Un enfant qui apprend à marcher, ne renonce pas à son apprentissage quand il tombe. Ni si cela se reproduit encore. Il n’en déduit pas que la marche, ce n’est décidément pas pour lui, et dans la très grande majorité des cas, il finira par savoir marcher sans difficulté. Quand une équipe de foot gagne un match 3 à 2, elle a encaissé deux buts.

Arriver à gérer une situation est une victoire
> Mais pourquoi ça m’est (encore) arrivé ?
Quand quelque chose de négatif nous arrive, on a souvent tendance à le ressentir comme un échec. Parce qu’on aurait préféré que ça n’arrive pas. Parce que c’est tombé subitement sans pouvoir l’anticiper, parce que ça nous a mis en difficulté et qu’on s’en est probablement tiré comme on a pu, de façon imparfaite.
On a peut-être ressenti de la colère, de la honte, de l’impuissance, de la peur … des choses qu’on n’aime pas ressentir. Si on avait pu éviter cette situation, on l’aurait fait ; et se dire que c’était impossible, en rajoute peut-être encore une couche de plus. Pourquoi nous ? Pourquoi ça ? On aurait dû …
Bien sûr, quand on peut anticiper ou éviter un problème, c’est très bien. Mais le propre des événements est qu’ils nous arrivent ; ils n’attendent pas le bon moment ou la bonne personne pour survenir. Nous n’avons pas tant d’importance ni de responsabilité. On en a été victime, pas coupable.
La même situation pourrait arriver à quelqu’un d’autre à notre place : c’est parfaitement injuste, et si ce constat est rageant, il libère aussi notre énergie pour réagir.
Même une erreur évitable ne s’annule pas en se la reprochant (ou en la reprochant à l’autre), même si on se la reproche très très fort. Une fois qu’elle est survenue, elle fait partie des données. Il vaut mieux concentrer son énergie sur la suite.
> Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait
Si j’entendais cela dans mon cabinet, ma question serait probablement : et alors, qu’est-ce que vous avez fait ? Parce que c’est ça la première et la seule chose qu’on contrôle, et c’est celle-là qui parle de nous.
Si vous avez réussi à mettre fin à une situation problématique, à dire non, à partir, alors c’est une victoire, c’était même la meilleure chose que vous puissiez faire ! Si vous avez pu revenir sur une action ou une promesse que vous n’avez jamais voulu faire, si vous avez su rétablir la justice ou chercher de l’aide pour ne pas laisser l’incident sans suite, même si ça n’a pas été facile ou spontané, c’est super ! Et vous avez assurément raison de prendre soin de vous si rien de tout cela ne vous a été possible.
Inversement, on peut tout à fait se féliciter quand il nous est arrivé quelque chose de positif et que l’on a su s’en saisir ! Ca aussi, c’est une compétence, et on ne se serait pas privé de s’en vouloir dans le cas contraire. Donc oui, savoir saisir sa chance, oser prendre, c’est évidemment une victoire à notre actif.
> Tous les problèmes ne se résolvent pas immédiatement
Et c’est notamment vrai pour les croyances, les comportements, les symptômes psychiques. Si on a des pensées envahissantes, des attaques de panique ou des insomnies (par exemple), il n’existe probablement pas de procédé qui permette d’y mettre immédiatement fin et que cela ne se reproduise plus jamais. Même quand il existe un médicament efficace contre ce symptôme, il n’agit souvent que dans le temps, et pas de façon définitive.
Le progrès, ce sera déjà d’arriver à espacer ces phénomènes, à les atténuer, à arriver à les traverser sans que ça gâche la journée. Ca peut même être d’accepter pour l’instant qu’ils existent, et moins ils provoqueront de réactions en nous, moins ils auront lieu d’être. C’est souvent après coup, par exemple quand on a passé une journée sans que ça arrive, ou sans y penser, qu’on se rend compte du changement.
Parfois, un problème complexe nécessite une stratégie, une « préparation mentale » pour pouvoir le résoudre. Pour prendre un exemple lourd, sortir d’une relation d’emprise ne devient généralement possible qu’en plusieurs étapes : déjà prendre conscience du problème, imaginer dans sa tête les scénarios possibles, rechercher des informations à l’extérieur, mettre en place des contacts qui peuvent nous aider ou simplement en parler autour de soi, construire dans sa tête un plan opérationnel, essayer de premières petites choses qu’on n’avait jamais faites avant … sont des pas qui demandent chacun des efforts, avant qu’il ne soit possible de pousser effectivement la porte et de partir pour de bon. (Et un manipulateur le sait très bien, ce n’est pas pour rien s’il travaille à isoler sa victime.)
C’est toujours une victoire d’avoir franchi le pas de faire quelque chose, d’aller de l’avant, même si ce n’est que le premier pas, même si le résultat n’est pas instantané. Et même si chaque étape n’a pas forcément été couronnée de succès ou d’un changement.
Ca reste une victoire …
… Même si ça ne fait pas plaisir à autrui
Parfois c’est à nous-mêmes de savoir que quelque chose est bon ou mauvais pour nous.
Quand on met une limite, quand on dit non, quand on fait quelque chose différemment de d’habitude, en général ça ne fait pas plaisir à l’autre. Il ou elle risque plutôt de nous renvoyer de la surprise, voire du déplaisir ou du désaccord. Quand c’est tout un système que nous remettons en question, toute la famille par exemple, on peut même se retrouver dans le rôle du « méchant« . C’est ok, l’autre a droit à son émotion subjective en retour. Ca n’a pas besoin d’être pris avec le sourire pour être valable.
Ce qui est une victoire pour nous, peut parfois ressembler à ce qui serait un échec pour quelqu’un d’autre. Si nous quittons une relation ou un travail qui ne nous convient pas, si nous nous décidons à demander de l’aide pour une difficulté, les autres peuvent le percevoir comme une situation triste. Parce que de leur point de vue, dans leur propre situation, ça le serait peut-être. Parce qu’elles n’ont peut-être pas tous les éléments. Mais précisément, ils ne sont pas à notre place. C’est à nous qu’il faut que ça convienne.
L’autre n’a pas besoin de nous approuver pour que ce soit positif. Bien sûr qu’on aimerait ça, qu’il ou elle nous dise qu’on a eu raison, nous félicite, partage notre satisfaction. Mais le but c’est bien d’avoir obtenu ce que nous voulions, pas l’approbation d’autrui. Sinon nous restons dépendants de l’autre … et quoi que nous fassions, il y aura toujours quelqu’un pour ne pas approuver.
… Même si ça ne se voit pas
Vous avez déjà vu ce mème : « Bravo pour tous les combats que vous avez menées seul(e) pendant que tout le monde pensait que vous alliez bien » ? Ou cette variante : « Je vous souhaite de guérir des choses pour lesquelles personne ne s’est jamais excusé » ? Eh oui, il y a des combats que nous menons seul(e), que ce soit par pudeur personnelle, ou que ce soit parce que ça n’a pas attiré l’attention. Les autres n’ont parfois pas conscience, ne veulent ou me peuvent pas comprendre, ou simplement percevoir le fait qu’on est en lutte.
Parfois c’est précisément une victoire parce que personne ne s’en est rendu compte. Si nous avions peur de rentrer dans une situation parce que nous étions persuadés que nous allions faire tâche, être identifiés comme imposteurs et jetés dehors, ou simplement que nous n’allions pas arriver à tenir, alors la victoire, c’est que tout se passe bien et qu’il ne se passe rien. Personne ne nous félicitera à part nous-mêmes : raison de plus pour le faire de bon coeur.
Une victoire, et pas des moindres, peut également être le fait d’avoir évité qu’un problème survienne ; d’avoir été dans la prévention. Si vous prenez grand soin de votre santé physique et psychique et que cela porte ses fruits, on dira peut-être de vous que vous avez de la chance ou une bonne constitution, que vous faites partie de ces gens discrets avec qui il n’y a jamais de soucis. (Et d’ailleurs, les gens dont vous pensez ça, ont probablement aussi leurs propres combats que vous ignorez.) C’est vous qui savez ce que vous avez fait pour que ce soit ainsi, et que ça aurait parfois pu se terminer autrement si vous aviez fait preuve de moins de discipline ou de vigilance.
Une bonne action reste une bonne action même si elle n’a pas de témoins. Là aussi, c’est à nous-mêmes de mettre la boussole sur ce qui compte pour nous, sur ce que nous voulons et ne voulons pas. Et sur ce qui mérite notre fierté.
… Même si ça nous a coûté / même si ça aurait pu être mieux
Quand on sort de sa zone de confort, on réussit rarement les choses parfaitement du premier coup (spoiler : même quand on a plus d’assurance, on n’est pas tout le temps à 100%). Peut-être voit-on des exemples de personnes qui y arrivent mieux que soi, et se trouve-t-on lent(e), maladroit(e) à côté. Peut-être que notre tentative n’aboutit pas, tout simplement.
Est-ce un échec pour autant ? Bien sûr que non !
Parfois, la première ou la seule action possible dans une situation, c’est de résister, de tenir le coup. Si vous traversez une période difficile, c’est déjà une victoire d’arriver à mettre un pied devant l’autre et de se donner les moyens de tenir.
Parfois, un apprentissage se fait en essayant, une tentative ratée peut nous permettre de mieux nous préparer la prochaine fois.
Parfois, une décision demande des sacrifices, de renoncer à autre chose. C’est d’autant plus courageux de la prendre.
> Prendre soin de soi
Célébrer sa victoire ne veut pas dire effacer tout ce qui a été difficile, et mettre la souffrance ou les sacrifices sous le tapis. Là, on serait dans la positivité toxique. En particulier, si on a réussi à sortir d’une situation compliquée et qu’on y a laissé quelques plumes. Il est probable qu’on mette du temps à réaliser que c’est fini, à se détacher des souvenirs, sensations ou pensées qui y renvoient.
D’ailleurs dans ce cas, prendre soin de soi fait aussi partie de la victoire, et de ce qu’on mérite quelle qu’ait été l’issue de la situation.
… Et même si ça ne nous a pas tant coûté que ça
Certains changements sont des combats, mais parfois les choses sont aussi toutes simples. Surtout si elles ont déjà mûri dans la tête. Il arrive que les obstacles soient surtout intérieurs, et que le jour où on est prêt à passer à l’action, ce ne soit même plus nécessaire.
Imaginons qu’on a enfin trouvé la réplique qui va clouer le bec à notre collègue systématiquement désagréable. Le simple fait de savoir ce qu’on va dire, peut-être même la satisfaction ressentie en l’imaginant, peut nous rendre suffisamment sûr(e) de nous pour que, comme par hasard, ce jour-là, son humeur soit différente !
Parfois on pense que notre décision va être mal prise, et quand on l’annonce, on s’entend répondre : ah, enfin, ça faisait longtemps qu’on attendait ça !
Et parfois, il ne se passe tout simplement rien. Personne ne relève, ni positivement ni négativement, la vie continue. On en serait presque déçu(e) …
Non, il n’y a pas de piège dans ce cas. L’objectif est atteint, et si en plus ça a été rapide et efficace, bravo !
Célébrons nos victoires !
A nous d’imprimer dans nos circuits neuronaux, ce que nous avons envie d’y fixer. Y compris la fierté d’avoir fait ce que nous avons fait, et la validation de ce que nous souhaitons encourager, développer encore.
Si cette thématique vous parle, si vous avez envie de cultiver davantage cette pensée, pourquoi ne pas tenir un journal de vos victoires, un peu dans le même esprit qu’un journal de gratitude ? Tous les soirs, notez trois choses que vous avez réussies dans la journée. Il y en a forcément, ne serait-ce que le repas que vous avez su préparer en un tournemain (je peux vous assurer que ce n’est pas donné à tout le monde, venez dans ma cuisine et vous verrez !). La discipline que vous avez eue de vous lever le matin et d’attaquer des choses qui vous enquiquinaient. Ou au contraire, la liberté que vous avez prise de passer la journée comme vous aviez envie. (Et à la fin de la semaine, le fait d’avoir bien trouvé trois choses à noter tous les jours !)
A ceux qui comptent pour nous et avec qui nous avons envie de partager nos réussites, nous pouvons tout à fait expliquer ce que cela représente pour nous. Et même si nous sommes seul(e)s à fêter notre victoire, ne boudons pas notre plaisir ! Cela mérite assurément une récompense, et pourquoi pas des mots encourageants que nous pouvons nous adresser à nous-mêmes ? Si c’était notre ami(e), nous serions fiers de lui ou d’elle, sans aucun doute ; et ne sommes-nous pas notre propre meilleur ami ?
🦥Le paresseux voudrait vous dire un petit mot (rien d'obligatoire)
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