Ne nous gaslightons pas !

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🦥En bref : ce que vous allez découvrir ici

  1. Qu’est ce que c’est ? : Le gaslighting est une forme de manipulation mentale, qui a pour but de faire douter la victime de ses propres perceptions et ressentis. Parfois même l’emprise psychologique est telle, que la victime pense être le coupable de la situation. Alors même que parfois l’autre peut nous agresser ou nous mentir, on est comme sidéré on se dit que ça n’est possible. Mais comme dit le proverbe “Plus c’est gros, plus ça passe”.
  2. La sidération et le déni : Face à un événement traumatisant, on passe tous par des phases obligatoires. Et la première c’est le déni (ou la sidération). Dans ces moments-là c’est comme si le cerveau se mettait en mode sécurité, le psychisme se protège afin de ne pas être débordé par la situation. Une fois cette phase passé, il est temps d’accepter l’émotion que l’on a ressentie.
  3. Les émotions sont un signal : On ne peut pas supprimer ses émotions, on apprend simplement à les accepter et à les prendre pour ce qu’elles sont : c’est à dire un signal, un indicateur d’une situation. Nos ressentis sont précieux parce qu’ils sont là pour nous envoyer un message, ils nous indiquent si la situation nous convient ou non. Et à force d’apprendre à les repérer, les émotions finissent par nous apporter de précieuses indications.
  4. “Est-ce que j’exagère” ? : Non : En tant qu’hypersensible nos émotions sont intenses et nous compliquent parfois la vie, donc on a parfois tendance à s’en méfier. Pourtant l’émotion est un signal pour nous dire que nous ressentons quelque chose. Et on a le droit d’écouter nos besoins, et mettre fin à une situation qui ne nous convient pas. On a le droit de dire non, et se choisir en priorité.
  5. Ne vous gaslightez pas : Parfois en dehors de toute attaque ou toute manipulation et sans mauvaise intention, il peut arriver que l’on gaslighte les autres ou nous-même. C’est parce qu’en réalité, on peut tous avoir cette réaction de recul, ce déni, devant quelque chose qui nous choque. N’hésitez pas à prendre le recul nécessaire pour revenir à vous, le temps de comprendre en vous ce que vous ressentez vraiment

Je vois souvent cette interrogation sur les groupes d’hypersensibles : pourquoi les choses sont comme ça ? Quelqu’un m’a fait du mal, pourquoi s’est-il comporté ainsi ? Comment peut-on faire une chose pareille ? Qu’est-ce que je n’ai pas compris ? Une collègue est désagréable avec moi, qu’est-ce que je ne fais pas comme il faut ? … Bien souvent pour décrire des faits qui nous donnent envie de répondre : mais peu importe le pourquoi du comment, tu es en droit de mal le prendre et de penser à toi !

Et souvent, nous faisons cela pour justifier notre procrastination : si c’est nous qui avons mal compris, alors l’autre n’y est pour rien, la situation peut continuer … à nos dépens, évidemment.

Le gaslighting, un concept contemporain

Au départ, Gaslight (intitulé en français Hantise) est le titre d’une pièce de théâtre, adaptée à plusieurs reprises au cinéma, dans laquelle un homme manipule son épouse et l’amène à douter de sa propre santé mentale.

Aujourd’hui, ce mot est utilisé pour désigner l’ensemble des techniques de manipulation par lesquelles une personne peut en amener une autre à douter de ses propres perceptions, notamment pour amener la victime d’une situation d’abus à se sentir coupable. Au Canada, on l’appelle également détournement cognitif. Il y a en effet des personnes qui sont très fortes pour donner à la cible de leur agression, l’impression que c’est en fait elle le problème.

Au-delà de la manipulation ou de l’agression intentionnelle, tout le monde peut se retrouver à le pratiquer à des degrés divers, envers un tiers ou envers soi-même. Ce sont les petites phrases comme : « t’es sûr(e) que tu n’interprètes pas ? » « Je ne sais pas bien me faire comprendre » « De toute façon, toi on ne peut rien te dire » … On peut tou(te)s avoir cette réaction de recul devant quelque chose qui nous choque ou qui risque d’entraîner des complications.

Parfois, « plus c’est gros, plus ça passe » parce que justement, notre psychisme résiste à l’idée que ça peut vraiment être ça. Le gros mot qu’on vient d’entendre, c’est vraiment ça qui a été dit ? Et même à l’échelle géopolitique, est-il simplement possible qu’une personne supposée saine d’esprit prenne cette décision-là ?

Mais il faut se rendre à l’évidence, l’autre peut vraiment nous agresser, nous mentir, ou simplement faire quelque chose que nous ne ferions pas à sa place. Et il va falloir nous organiser pour nous en protéger, nous défendre ou lui poser une limite.

La sidération et le déni, des réactions de défense

Au fond de soi, on voudrait que ce ne soit pas comme ça. On l’exprime d’ailleurs parfois comme ça, spontanément : dites-moi que ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible !

D’ailleurs, face à un événement réellement traumatisant, il est normal que l’on traverse des moments de sidération et de déni. On se met en quelque sorte dans un mode de survie le temps nécessaire. Cela veut dire que le psychisme se ferme sur certains aspects pour se protéger d’une situation qui autrement le déborderait, qu’il ne sait gérer d’aucune autre façon dans l’immédiat.

Il est normal de traverser ces moments, et sur le coup, de ne pas avoir de réaction pertinente sous le coude ou de projection sur la suite. Certains jours, ça peut déjà être une réussite d’arriver à mettre un pied devant l’autre.

En revanche si cela s’installe dans le temps et nous bloque dans certains aspects de notre vie, on peut être dans la pathologie et un accompagnement professionnel peut être nécessaire pour débloquer la situation.

Nos émotions sont valides

> Une émotion n’est pas juste ou fausse

Et cette idée peut être contre-intuitive. Certains imaginent même que le but d’une psychothérapie pourrait être d’éradiquer ou de corriger les « mauvaises » émotions : non ! La santé psychique, c’est arriver à vivre avec toutes nos émotions, à les reconnaître, à en tirer les éventuelles conséquences et à les gérer sans qu’elles nous mettent en souffrance de façon prolongée.

Une émotion, à la base, c’est une information. Elle existe. Dire « je me sens triste » est un constat, ce n’est ni bien ni mal, pas plus que de dire « la table est rouge ». (Et si ça dérange la personne en face, c’est pour le coup son émotion à elle, qui est aussi une information.)

Si elle est venue s’imposer à nous de telle manière, il y a une raison. Peut-être une raison qui justifie une action, peut-être pas. Mais il y en a forcément une, et l’émotion est la manière la plus directe dont notre psychisme dispose pour attirer notre attention dessus.

> Pourquoi ressentons-nous des émotions ?

Parfois on lit (ou on pense !) des choses comme : ah, si je pouvais supprimer toutes mes émotions … L’idée est tentante de vouloir filtrer, choisir, influencer ses émotions. Et ce n’est pas faux, dans le sens où spontanément nous en renforçons certaines, et en réprimons d’autres.

Je trouve que même certains discours de développement personnel, avec les meilleures intentions, peuvent être détournés dans un sens pernicieux en nous faisant croire que nous créons notre réalité et que nous pouvons l’influencer à volonté. L’idée est séduisante d’avoir ce niveau de pouvoir, qui nous rendrait finalement totalement indépendants de la réalité ! Bien sûr, ce n’est pas constructif de s’appesantir sur ce qui nous fait du mal ou nous bloque, quand on peut penser à quelque chose de positif à la place. Mais certaines situations sont, de fait, problématiques et nécessitent d’être résolues. Se persuader soi-même du contraire, c’est s’aveugler et se priver de notre faculté d’agir. Et se convaincre, une fois de plus, que si on n’y arrive pas, le problème c’est soi.

Nos émotions, ce que nous ressentons et associons à une situation, sont des indicateurs. C’est bête à dire, mais à la base, notre ressenti nous indique si la situation nous convient ou pas, si on est en sécurité ou si on doit faire attention. Et plus nous apprenons à les repérer, plus elles vont se renforcer et nous apporter de précieuses indications.

Je parle d’émotions, mais cela inclut aussi tous les petits indicateurs sensoriels qui font qu’on est à l’aise dans une situation ou non. Je pense à un post d’une femme qui n’arrivait pas à trouver le sommeil en présence de son conjoint, alors qu’elle ne voyait aucune raison objective de lui reprocher quoi que ce soit, et qui a fini par se rendre compte qu’il y avait des secrets malsains dans son couple.

> « Est-ce que j’exagère ? »

Quand on est hyper, on tend parfois à se méfier de nos propres émotions, qui deviennent synonymes pour nous d’embêtement, de quelque chose qui nous complique la vie. On a appris, ou on s’est convaincu(e) soi-même, que nos réactions sont excessives, gênantes, qu’il est inutile de s’y attarder puisqu’on ne peut de toute façon pas les prendre en compte, etc.

Tout ce que nous ressentons est là pour nous dire quelque chose. Parfois c’est simplement la réaction à la situation présente, parfois on se rend compte qu’on est face à des accumulations, ou des choses passées qu’on n’a pas « digérées » (et ce n’est pas moins légitime !). Dans tous les cas, notre psychisme nous adresse un message.

Et si nous ne l’écoutons jamais, nous courons un risque de développer des troubles psychiques ou même des maladies somatiques.

Cela ne veut pas dire qu’il faut tout prendre à la lettre et céder à tous nos propres caprices, ou exiger que le monde entier s’adapte à nous. On peut tout à fait prendre le temps d’examiner cette émotion et ce qu’on y associe, et décider dans un deuxième temps ce qu’il y a lieu de faire ou non. Si mon enfant n’aime pas aller à l’école, je ne vais pas le déscolariser demain, mais chercher à comprendre ce qu’il s’y passe.

Non, tu n’exagères pas, tu ressens cela. Et si cette situation ne te convient pas, c’est ton droit. Même si elle conviendrait à quelqu’un d’autre ou à une majorité. Même si c’est la famille. Même si ça a toujours été comme ça.

Nous pouvons nous saisir de ce qui est possible, rien ne nous oblige à nous imposer des contraintes inutiles. Nous pouvons éviter ce qui nous est inconfortable. Nous pouvons nous défendre si on nous agresse. Nous pouvons demander à cette personne d’arrêter ce comportement qui nous insupporte (et elle peut nous répondre). Nous pouvons rechercher un soutien personnel ou professionnel. Nous pouvons partir si une situation ne nous convient pas ou plus. Nous pouvons choisir ce qui est le mieux pour nous, et tout simplement ce que nous préférons.

Comment on se gaslighte parfois soi-même, avec les meilleures intentions

> Gratitude et positivité toxique

Ne pas écouter ses propres besoins, ce n’est pas réservé aux situations hautement traumatiques. Quand on se dit « est-ce que j’exagère ? » Ou aussi : « Puis-je sérieusement espérer une meilleure relation ? » – « Ce job est déjà pas mal, de quoi je me plains ? » – « Ca m’est proposé si gentiment, pourquoi dire non ? » – « Il faut se contenter de ce qu’on a ! » – Ou même : « Le secret du bonheur, c’est d’aimer ce qu’on a déjà ! » Dans toutes ces situations, grandes ou petites, on est dans la démarche de réprimer son propre ressenti négatif pour le remplacer par une proposition supposée plus souhaitable.

D’ailleurs bien souvent, on a le réflexe de dire ce genre de choses à quelqu’un d’autre, dans le but de l’apaiser, plutôt que d’en rajouter à ce qui nous apparaît comme une souffrance pas forcément nécessaire.

En général, cela nous est plutôt enseigné comme une valeur positive, dans le sens de la modestie ou de la gratitude. Ca a pu commencer de façon anodine, dans l’enfance, par le pull qu’on n’avait pas envie de mettre parce qu’il grattait, mais il fallait être reconnaissant(e) à la personne qui nous l’avait tricoté.

On a vite fait de partir, avec les meilleures intentions du monde, dans un fonctionnement où l’on ne tient pas compte de notre ressenti, où l’on cherche à le « normaliser » ou à « l’optimiser ». Et on se retrouve avec de solides croyances sur ce qu’on est obligé ou ne peut en aucun cas se permettre de faire.

> Choix raisonnable ou résistance au changement ?

Bien sûr, chercher le positif en toute situation c’est honorable. Il y a des choses dans une vie que l’on choisit raisonnablement, en pesant le pour et le contre, pas forcément dans un enthousiasme immédiat. Et inversement, il ne s’agirait pas de partir à vouloir toujours mieux, toujours autre chose, pour finir dans une spirale addictive.

Et bien sûr, on peut avoir envie de faire plaisir à papy ou mamie et mettre quand même le pull qui gratte, une fois de temps en temps, quand on va leur rendre visite.

Mais quand on cherche à se vendre à soi-même une situation qui ne nous convient pas vraiment, quand on se fait systématiquement l’avocat(e) de l’existant ou d’une proposition extérieure, malgré un sentiment de réticence ou de mal-être, on se gaslighte soi-même.

Un choix doit pouvoir se réfléchir, s’argumenter. Dans le meilleur des cas, ça peut se limiter à « j’en avais très envie / je n’en avais pas envie » : c’est clair et indiscutable (on est d’accord qu’on parle de choses légales et matériellement possibles). Ca peut aussi, dans une situation plus complexe, se traduire par la liste de ce que ça nous coûte et de ce que ça nous apporte, et un choix fait en connaissance de cause : je suis d’accord pour accepter X parce que ça m’apporte Y en retour ; c’est un peu un contrat qu’on passe avec soi-même.

> Quand on fait passer l’autre avant

En revanche, « c’était compliqué de dire non / il ne le méritait pas / elle a tellement insisté … » ne sont pas des arguments. Ici, notre regard est sur l’autre, pas sur notre besoin. C’est de l’autre que ce comportement parle. Alors que c’est notre décision, et que c’est notre personne que nous engageons.

Dans ces cas, il y a fort à parier que notre réelle motivation soit l’évitement d’un conflit ou la résistance au changement. Ce qui peut évidemment s’entendre, si nous devons par exemple négocier avec une personne potentiellement violente. Je ne dis pas qu’il faut foncer tête baissée sans tenir compte de ce qui nous entoure. Mais la conscience de notre vraie motivation est un premier pas nécessaire pour pouvoir réfléchir à des stratégies possibles, et commencer par exemple par chercher de l’aide, des informations, des ressources autour de nous.

On peut être désolé(e) pour autrui quand on sait que notre décision ne lui fait pas plaisir, et quand même avoir besoin de la prendre. Et évidemment, quand c’est la vendeuse qui fait un peu la tête si on ressort de la boutique sans rien, il n’y a absolument pas lieu de se poser tant de questions (évitez ce magasin par la suite, ou faites un grand sourire en retour, et voilà !). C’est même un bon exercice, qui nous aidera à faire aussi bien dans une prochaine situation réellement importante.

Etre responsable, c’est prendre la charge de son propre bien-être, connaître ses besoins et essayer au maximum de les prendre en compte, en en gérant les conséquences. Parfois cela a un coût réel ou symbolique, il nous appartient de l’évaluer et de prendre nos décisions en faisant au mieux. Finalement, la seule personne qui doive vivre notre vie, c’est nous !

Auteur/autrice

  • Psychologue clinicienne hypersensible, ma passion est la connaissance de soi et des autres.

    "Dans la vie, rien n'est à craindre, tout est à comprendre"    - Marie Curie

🦥Le paresseux voudrait vous dire un petit mot (rien d'obligatoire)

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